Weezevent vend des billets pour la fête de la Ligue du Midi, groupuscule raciste et violent

Julien Servent Publié le 9 octobre 2026 à 13:47
Olivier Roudier, membre du groupuscule identitaire et violent "La Ligue du Midi" a animé la manifestation d'hommage au néo-fasciste Quentin Deranque avec un mégaphone le 15 février à Montpellier. (Photo de Ricardo Parreira)

Des places pour la fête 2026 de la Ligue du Midi, placée sous le signe de la remigration, sont en vente sur le site de la start-up de l’événementiel Weezevent, qui affiche pourtant par ailleurs des valeurs de solidarité. Weezevent invoque le respect du cadre légal.

Samedi 19 septembre, un repas du très controversé Canon français, financé par le milliardaire d’extrême-droite Pierre-Édouard Stérin se tenait dans les Arènes de Béziers. Trois jours plus tard, Midi Libre révélait qu’un groupuscule bien connu des lecteurs-trices assidu-es du Poing, la Ligue du Midi, distribuait aux abords immédiats du Canon des flyers de promotion de l’édition 2026 de leur fête annuelle, au thème particulièrement convivial : « Remigration, la loi du retour »

Le 26 septembre, le collectif Montpellier contre l’extrême-droite s’étonnait de trouver des billets en vente pour la fête en question sur le site de la start-up de l’événementiel Weezevent. La plateforme met en avant des événements comme le Téléthon, le Hellfest, Solidays ou les interceltiques de Lorient, et se revendique de valeurs solidaires.

Une fête de groupuscules racistes et violents

La Ligue du Midi, qui organise la fête en question est un groupuscule raciste et violent responsable de nombreuses agressions. Olivier Roudier, son président était condamné en février 2025 pour des injures sexistes envers l’avocate montpelliéraine Sophie Mazas. Son frère, Martial, a été lui condamné en 2013 pour avoir poignardé un jeune antifasciste. La phrase en occitan qui ouvre le tract distribué, « torna al pais », signifie « retournez chez vous » La suite est dans la même veine, entre « remigration » et « grand remplacement ».

Contacté par Midi Libre, Géraud du Fayet de la Tour, l’un des deux fondateurs du Canon Français, a condamné les faits évoqués, ajoutant que les équipes de sécurité ont réagi dès qu’elles ont eu connaissance de ce tractage aux abords des arènes. C’est que la fête en question, censée se tenir le 11 novembre dans un lieu proche d’Avignon révélé aux inscrit-es 48h avant, est particulièrement sulfureuse.

L’événement annonce par exemple la présence de Jean Eude Gannat, personnalité néo-fasciste condamnée pour provocation à la haine raciale et fondateur d’un groupuscule dissous en 2021 pour « incitation à la discrimination ou à la violence envers des personnes en raison de leur origine ou de leur religion » Parmi les autres invité-es, Pierre Cassen, militant français d’extrême droite, auteur et fondateur du site Riposte laïque. Ou encore François Bousquet, journaliste, essayiste et éditeur, proche collaborateur de Patrick Buisson et d’Alain de Benoist, et qui écrit dans la revue « Éléments pour la civilisation européenne »

L’événement promet aussi des séances de dédicace avec Lucien Cerise, auteur français proche du polémiste Alain Soral, condamné en France pour incitation à la haine raciale et appels à la violence, et en Suisse pour discrimination homophobe.

Fin 2023, le préfet du département de la Marne interdisait l’une des conférences de Lucien Cerise, relevant sa proximité avec Soral et « les milieux de l’ultra-droite », et « ses publications se faisant le relais de thèses conspirationnistes, racistes et suprémacistes ».

Weezevent, le partenaire commercial

D’où la surprise du collectif Montpellier contre l’extrême droite. « Il semble inenvisageable que Weezevent ait souhaité en connaissance de cause associer son image avec un événement qui soutient ni plus ni moins qu’un crime contre l’Humanité », réagissait le collectif le samedi 26 septembre.

En référence à un concept de « remigration » compris par le collectif comme « euphémisme pour qualifier l’organisation de la déportation de toutes les personnes ne correspondant pas aux critères racistes promus par la Ligue du Midi. » Le collectif demande donc à la plateforme d’être « plus vigilante à l’avenir pour ne pas associer son nom à des organisations qui promeuvent la haine. »

Weezevent est une start-up française créée en avril 2008. Selon ses propres mots, elle « a été la première solution française de billetterie en self-service sous forme de logiciel en ligne (Software As A Service) à destination des organisateurs d’événements. » Elle met en avant sur son site internet des « engagements autour d’initiatives pour la société et la planète », ainsi que des valeurs de solidarité et de solidarité internationale.

On trouvait déjà sur le site de Weezevent un événement organisé pour la précédente édition, par la même organisation fin septembre 2025, nommé « Fête de la Ligue du Midi 2025 et des tribus gauloises » En février 2025, c’était une projection d’un film du militant d’extrême droite Britannique Tommy Robinson, toujours organisé par la Ligue du Midi, qu’on trouvait le site.

Obligation légale ?

Contactée par Le Poing, Weezevent met en avant l’envie de ne pas se confronter au cadre légal : « Nous ne sélectionnons ni ne promouvons les événements : la présence d’une billetterie sur nos services ne vaut ni soutien ni adhésion aux positions de l’organisateur. Notre équipe de modération examine ce qui est publié au regard de la loi. Quand le doute n’est pas permis, elle retire l’événement ; en cas de doute légitime, elle alerte la préfecture concernée. Refuser nos services à un événement autorisé serait illégal (refus de vente, art. R.132-1 du Code de la consommation ; discrimination, art. 225-2 du Code pénal). Appliquer la loi, et seulement la loi : c’est notre position depuis toujours, quel que soit l’organisateur. »

Cette interprétation juridique de Weezevent mérite toutefois d’être nuancée : ni l’article R. 132-1 du Code de la consommation ni l’article 225-2 du Code pénal ne mentionnent explicitement que l’interdiction du refus de vente ou de la discrimination impliquerait nécessairement qu’un prestataire soit obligé de fournir ses services à tout événement légalement autorisé.

L’article R. 132-1 stipule que le refus de vente est sanctionné par une contravention de 5° classe, plafonnée à 1500 euros pour une personne physique, 7500 euros pour une personne morale. Et renvoi au premier alinéa de l’article L 121-11 : « Est interdit le fait de refuser à un consommateur la vente d’un produit ou la prestation d’un service, sauf motif légitime »

La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) rappelle d’ailleurs que le caractère légitime du motif de refus relève de l’appréciation des tribunaux.

La discrimination définie aux articles 225-1 à 225-1-2 du Code pénal se caractérise par « toute distinction opérée » envers une personne physique ou morale, notamment sur le fondement « de leurs opinions politiques ». Elle est punie selon l’article 225-2 invoqué par Weezevent de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende (seuil maximum) lorsqu’elle consiste « à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service »

Weezevent refuserait-elle un service à l’organisateur en raison de ses opinions politiques, ou refuserait-elle de fournir une prestation parce que le contenu ou l’objet de l’événement contrevient à ses règles commerciales ou constitue un motif légitime ?

Le préfet du Rhône, dans un arrêté interdisant une manifestation d’ultra-droite le 16 août 2026 à Lyon par le collectif Objectif Remigration, estimait que « le concept de remigration porte par son objet même une atteinte grave au respect de la dignité humaine »

Cette appréciation administrative ne suffit évidemment pas, à elle seule, à déterminer les obligations légales de Weezevent. Elle montre toutefois que le terme « remigration » peut, dans certaines circonstances, être considéré par les autorités comme portant atteinte à des principes juridiquement protégés.

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