Conseil municipal de Montpellier : LFI en lutte contre le privé dans les crèches et les vélos

Elian Barascud Publié le 16 juin 2026 à 16:04
Mairie de Montpellier. Photo de Mathieu Le Coz/Hans Lucas

Lors du conseil municipal du 16 juin, la France Insoumise a bataillé contre deux délibérations emblématiques à ses yeux d’un même mouvement : confier à des structures privées ce qui devrait rester du domaine du service public. Des vélos en libre-service à une crèche associative dans les Près-d’Arènes, les gauches municipales ont une nouvelle fois donné à voir leurs lignes de fracture

La scène s’est répétée deux fois dans la même séance de ce conseil municipal montpelliérain du 16 juin, presque avec les mêmes mots. Sur la crèche d’abord : la ville s’apprête à contracter un emprunt de 900 000 euros pour financer un équipement géré par une structure associative privée dans le quartier des Près-d’Arènes. Pour Alenka Doulain (LFI), c’est précisément là que le bât blesse. « Les quartiers populaires ne doivent pas être un terrain d’expérimentation pour les structures hybrides, c’est précisément là où nous devons installer des services publics », a-t-elle défendu, avant d’annoncer un vote contre. La majorité, par la voix de Maxime-Arnaud Buchard, a répondu que les partenaires associatifs respectent les cahiers des charges de la ville et que le niveau de service n’est pas en cause.

Même séquence quelques délibérations plus tard avec l’arrivée d’un opérateur de vélos en free-floating, ces bicyclettes sans station d’attache que l’on dépose n’importe où. Julia Mignacca et Nicolas Hillaire ont tous deux tiré la sonnette d’alarme sur le sort de Vélomagg, le service public municipal déjà en place. « On nous demande de voter une délibération sans bilan du dispositif Velomagg. Quand on veut tuer un service public, on le laisse se dégrader et on dit que le privé fait mieux », a lâché la co-fondatrice des Verts Populaires, formulant une accusation que la majorité n’a pas vraiment démontée, Julie Frèche préférant avancer le bilan cyclable global de la mandature (168 km de pistes sécurisées). LFI a voté contre.

Le fil rouge du conseil se dessine ainsi assez clairement : à chaque délibération impliquant un tiers non public, LFI tire vers le service universel. Le principe de la mutuelle communale, qui bénéficie à plus de 6 000 bénéficiaires, avec tarifs 20 à 25 % inférieurs au marché, a bien été renouvelé à l’unanimité, mais le vote favorable de LFI était assorti d’un bémol de principe : l’outil reste un intermédiaire privé là où le « 100 % sécu » ferait l’affaire directement, selon Nicolas Hillaire. La même logique vaut à table : le groupe a redemandé la gratuité totale des cantines scolaires, refusant la tarification sociale de la majorité. « La nourriture n’est pas un bien marchand », a résumé Antoine Bertrand, dans un registre qui n’est pas sans rappeler les débats nationaux sur la sécurité sociale de l’alimentation portée par une partie de la gauche. La majorité, elle, défend son « bouclier social » (gratuité des transports, baisse des tarifs de cantine, encadrement des loyers) comme une politique pragmatique et déjà en place, sans attendre le grand soir de la Sécu universelle.

Le reste du conseil a confirmé les lignes habituelles. Sur le compte financier unique 2025, LFI et le groupe Altrad ont voté contre, les premiers dénonçant une austérité masquée et un manque d’ambition sur la culture, les transports et les écoles face à la chaleur, les seconds contestant non les chiffres mais « le récit politique qui en est fait », selon Salim Jawhari, qui en a profité pour réclamer une annexe publique sur les frais de représentation des élus.

Sur le contrat local des solidarités, Oziol a reproché au PS local une déconnexion avec sa politique nationale, citant les coupes budgétaires sur les plus précaires dans le budget 2026 qu’il a pourtant soutenu. Delafosse a répondu en invitant ses opposants à visiter les résidences réhabilitées de Tournezy. Sur le rapport politique de la ville, Rhany Slimane a dressé un tableau sombre du quartier Saint-Martin, où il a grandi, pointant la disparition des médiateurs, la suppression d’une ligne de bus et la réduction du personnel des maisons pour tous. Delafosse a rappelé les 3 millions investis dans la maison pour tous du quartier et suggéré d’aller « lutter à Béziers » pour avoir un point de comparaison sur le traitement des Quartiers Prioritaires de la Ville.

L’aide de 40 000 euros au Rockstore a suscité des réserves à gauche comme dans l’opposition Altrad, LFI demandant des garanties en échange d’un financement public à une salle privée et soulevant le fait que le lieu avait accueilli un meeting de Michaël Delafosse. Le maire a précisé que la ville avait loué la salle, pas bénéficié d’une mise à disposition gratuite.

En fin de séance, Delafosse a refusé sèchement de répondre à une question de Rhany Slimane sur la reconduction de subventions à des observatoires de politiques publiques. « Je n’ai pas à vous répondre », a tranché le maire, ce qui a inspiré dans l’opposition ce commentaire mi-résigné : « ça sert à rien de faire un conseil municipal dans ce cas ». Le conseil s’est tout de même conclu sur une note d’unanimité avec l’adoption d’un vœu de soutien à Cuba présenté par LFI, appelant à retirer l’île de la liste américaine des États soutenant le terrorisme.

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