Kamal, membre du club Asteras Montpellier, libéré après deux mois de rétention administrative
Retenu au CRA de Sète depuis le 24 avril, Kamal, membre du club omnisports Asteras Montpellier, a comparu ce mercredi devant la juge des libertés et de la détention du tribunal de Montpellier, en visioconférence depuis le centre. Elle a ordonné sa libération
Kamal apparaît à l’écran d’une salle du tribunal d’instance de Montpellier, depuis le Centre de Rétention Administrative de Sète où il est enfermé depuis le 24 avril. Un sourire s’affiche sur son visage à la vue d’une vingtaine de membres de son club de foot, Asteras Montpellier, assis sur les bancs du tribunal. Une présence que la juge n’a pas manqué de souligner : « C’est plutôt inhabituel qu’il y ait autant de proches à une audience concernant une rétention administrative. »
Kamal est assisté d’un interprète. Deux mois après son interpellation gare Saint-Roch lors d’un contrôle que son club qualifie de « contrôle au faciès », il comparaît pour la troisième fois. La préfecture demande trois mois de rétention supplémentaires. Motif invoqué : le consulat algérien n’aurait pas encore transmis les documents permettant de confirmer sa nationalité. La représentante de la préfète précise néanmoins qu’Interpol Algérie a, de son côté, bien établi que Kamal est ressortissant algérien.
L’avocat de Kamal attaque d’emblée sur la forme. La préfecture fonde sa demande de prolongation sur un rapport qui ne figurerait pas au dossier transmis à la défense. « Je n’ai pas pu le consulter, il manque cette pièce », contate-t-il. Il conteste ensuite l’argument selon lequel Kamal représenterait une menace pour l’ordre public : les condamnations évoquées sont trop anciennes, et la préfète ne démontre rien.
La juge interroge la représentante de la préfecture sur ce point. Les mentions invoquées sont-elles des condamnations ou de simples signalisations dans des fichiers ? « De simples mentions », concède la représentante. « Ça ne suffit pas », répond la juge.
Depuis le CRA, derrière Kamal, une femme prend la parole. C’est Nicole, qui l’héberge depuis trois ans. Elle a fait un AVC. Kamal l’a accompagnée à ses rendez-vous médicaux, fait les courses, le ménage. Elle a fourni une attestation d’hébergement. Kamal, lui, indique avoir reçu une promesse d’embauche comme pizzaïolo. La juge demande alors qui sont les gens dans la salle. Kamal répond : « Je fais du foot avec eux. Je les considère comme ma famille. »
La représentante de la préfecture maintient sa position : une assignation à résidence serait difficile à mettre en place, Kamal n’a jamais engagé de démarches pour se régulariser, et toute sa famille se trouve en Algérie. La juge ordonne néanmoins sa libération. Les détails juridiques de la décision restent à préciser, mais selon les proches de Kamal, la juge se serait appuyée sur une irrégularité de procédure ou une insuffisance d’argumentation de la préfecture. Le procureur disposait de six heures pour former un recours suspensif, la préfecture de vingt-quatre heures, sans effet suspensif sur la libération. Aucun recours ne semble avoir été maintenu : Kamal était sur le point de sortir du CRA dans la soirée. Ses proches indiquent vouloir désormais engager des démarches pour tenter de le régulariser.
Pour Asteras, la victoire du jour ne referme rien. Le club le répète depuis le début de cette affaire : Kamal n’avait pas à prouver qu’il était le plus méritant, le plus intégré, le plus irréprochable pour avoir le droit d’être libre. Mathieu, président du club, l’avait dit sans détour lors du rassemblement du 20 mai dernier devant la préfecture pour exiger sa libération : il faut qu’il n’y ait plus personne en CRA.
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE SUIVANT :

