Conseil de Métropole de Montpellier : congestions dans les débats sur les transports
Le conseil de métropole du 23 juin a mis en lumière la fracture entre une majorité qui mise sur de grands projets d’infrastructure et une opposition qui réclame davantage de cohérence, d’équité territoriale et de protection de l’environnement. Des voiries aux lignes à grande vitesse, les questions de mobilité ont dominé la séance
Montpellier grandit vite, trop vite pour ses routes. La ville est passée en quarante ans de la quatorzième à la septième ville de France, avec plus de 8 000 nouveaux habitants chaque année selon Julie Frèche, vice-présidente socialiste à la Métropole en charge des mobilités. Le résultat se mesure au quotidien : parmi les onze plus grandes métropoles françaises, Montpellier est celle où la hausse démographique est la plus soutenue, et tout le territoire doit faire face à un phénomène de congestion routière. l’élu communiste Hervé Martin, membre de la majorité a mis des chiffres sur ce sentiment : dans les zones périphériques de la Métropole, les automobilistes perdent en moyenne 72 heures par an dans les embouteillages. C’est dans ce contexte que le conseil a voté mardi la candidature de la Métropole à la démarche SERM, le Service express régional métropolitain.
Un RER du littoral, mais à quel prix ?
Le projet prévoit une offre ferroviaire renforcée sur l’axe Sète-Montpellier-Nîmes, avec à l’horizon 2034 en moyenne quatre trains par heure et par sens en heure de pointe sur une amplitude horaire de 5h à 23h. Il s’appuie aussi sur des services routiers express complémentaires, avec cinq lignes de cars express et deux lignes de bus-tram bénéficiant de voies dédiées. Les investissements requis pour assurer le déploiement du SERM à cet horizon s’élèvent à 1,2 milliard d’euros. Le dossier vient d’être finalisé et remis au ministre des Transports en juin 2026 pour obtenir le statut officiel. Problème : le SERM Montpellier Méditerranée est à dominante routière, ce qui n’a pas manqué de faire grincer des dents à gauche de la majorité.
Nathalie Oziol (LFI) a insisté sur ce point avec vigueur : « Ce n’est pas une candidature à la démarche qui nous est faite, c’est un projet déjà conclu qui s’appuie encore trop sur la voiture. » Antoine Bertrand (LFI) s’est montré plus mesuré, s’interrogeant sur la capacité du volet routier à provoquer un vrai report modal (comprendre, l’utilisation d’autres moyens de transports). Toujours du côté de la France Insoumise, Rhany Slimane, lui, a posé la question de l’extension du tramway, estimant que « ça coûte moins cher qu’un train classique ».
Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de sa métropole, a répondu en affirmant que « Faire du bus-tram, c’est six fois moins cher que faire du tramway. » Il a aussi précisé s’être entretenu la veille avec le ministre des transports, et rappelé que l’État ne peut pas créer des SERM en laissant les collectivités seules financer. La délibération a été adoptée, LFI s’abstenant.
La LGV, chantier qui fâche
Plus tendu encore, le débat sur la convention relative à la LGV Montpellier-Perpignan, projet vieux de quarante ans. Livia Jampy (LFI) a qualifié le projet d’« inutile et écocide », en rappelant que le gain de temps sur le trajet Montpellier-Béziers se limite à 18 minutes. Rhany Slimane a pointé du doigt un ouvrage en particulier : le viaduc prévu à Poussan. D’environ 1 400 mètres de longueur et de près de 30 mètres de hauteur, il permettrait la traversée de la plaine de Poussan, entre la Gardiole et les collines de la Mourre surplombant le bassin de Thau. Des associations locales contestent le tracé depuis des années. Le collectif Alerte LGV Thau recense 800 espèces potentiellement impactées, dont l’outarde canepetière, un oiseau menacé, et alerte sur les risques pour la nappe phréatique, dont les captages alimentent notamment la ville de Sète. Slimane a défendu un tracé alternatif longeant l’autoroute, estimant que l’argent économisé pourrait abonder le SERM.
Et Michaël Delafosse de répliquer : « Vous êtes pour les trains s’il ne faut pas les construire ! » Le président de la Métropole a rappelé que le sillon ferroviaire Montpellier-Perpignan supporte déjà 170 trains par jour et qu’il est saturé. La LGV, selon lui, est d’abord un outil pour développer les TER sur l’ouest du département, pas seulement pour les trains à grande vitesse.
Des vélos entre public et privé
Le sujet, déjà abordé la semaine dernière en Conseil municipal, de l’arrivée d’un opérateur privé de vélos en free-floating (ces bicyclettes sans station que l’on dépose n’importe où), a été mis sur la table à nouveau. Les Insoumis ont une nouvelle fois souligné que sans bilan de Vélomagg, le service public municipal déjà en place, ils refusent d’ouvrir la porte au privé. Slimane en a profité pour élargir le tir, renvoyant Delafosse à une gauche qui « a tout privatisé quand elle était au pouvoir » et qui, ce faisant, « a fait monter l’extrême droite ». Lequel s’est défendu n égrenant ses réalisations publiques : la régie de l’eau, le MIN, le Corum. Avant de retourner la pique aux insoumis : « Ceux qui nous donnent des leçons de gauche se sont alliés à Mohed Altrad en 2020. » Bref, on peut dire que le débat sur les transports a… déraillé.
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