Fermetures de classes à Montpellier : les parents descendent dans la rue
Lundi devant l’école Émile Combes, jeudi devant quatre établissements : le mouvement contre les fermetures de classes prend de l’ampleur à Montpellier. Pendant ce temps, le rectorat envoie la police et parle de prudence
La colère ne se limite plus au quartier Alco. Ce jeudi 25 juin, les parents d’élèves de quatre écoles montpelliéraines se mobilisent simultanément : Émile Combes, Docteur Roux, Paul Langevin et la maternelle Surcouf. À chaque fois, le même motif : une fermeture de classe décidée par le DASEN que les parents jugent injustifiée au regard des chiffres réels.
Lundi matin, c’est l’école Émile Combes qui avait ouvert le bal, avec un blocage de l’entrée à partir de 7h20. Sabine, enseignante dans l’établissement, résume la situation : “Ça va être la deuxième fois en deux ans qu’on supprime une classe dans notre école. On se retrouve avec des classes de double-niveaux qui ne se suivent pas. Si une classe ferme, on se retrouverait à 26 ou 28 enfants par classe. À ce niveau-là, c’est de la maltraitance, ça épuise les équipes.”
À la maternelle Surcouf, quartier Lemasson, la situation n’est guère plus rassurante. Marion, représentante des parents, raconte ce jeudi matin avoir appris la nouvelle par une mère d’élève enseignante ailleurs, sans aucune concertation préalable. “On a 122 enfants pour six classes en double-niveaux, et une serait supprimée. Entre 10 et 15 enfants s’inscrivent encore durant l’été, on ne sait pas où ils iraient.” Mais au-delà des effectifs, c’est la fragilité du système qu’elle pointe : 44 % des enfants vivent en situation de pauvreté, 15 sont en situation de handicap, et l’école dispose de 4,5 AESH pour six classes. “Si un enseignant est absent, les enfants seraient répartis dans quatre classes et se retrouveraient à 30. Une fermeture dégraderait leurs conditions de travail.”
À l’école Docteur Roux, quartier Figuerolles, les parents délégués dénoncent une décision “totalement contraire à la réalité des chiffres” : l’établissement passerait de cinq à quatre classes. Du côté d’Émile Combes, le DASEN aurait promis oralement de rouvrir la classe en septembre si l’école atteint 150 élèves.
La FCPE 34, principale fédération d’associations de parents d’élèves, a rejoint le mouvement après l’épisode qui a le plus choqué : lundi matin, trois véhicules de police étaient présents devant Émile Combes, appelés, selon le rectorat, pour “sécuriser la voie publique” où la manifestation débordait. La menace d’une intervention des CRS aurait même été formulée. Ce jeudi 25 juin, la police était également présente aux abords de l’établissement. L’association dénonce l’absurdité de la situation : “Le vrai danger, ce ne sont pas les parents d’élèves qui expriment leurs inquiétudes légitimes : le vrai danger, ce sont les dégradations des conditions d’apprentissage.” Les parents, eux, affirment avoir eux-mêmes calmé certains agents particulièrement véhéments, et accusent des responsables de l’Éducation nationale d’avoir voulu photographier les enfants en plein soleil pour accréditer l’idée d’une mobilisation irresponsable.
Contacté, le rectorat dit rester“prudent” sur la fermeture à Émile Combes, invoquant des “interrogations persistantes” sur les effectifs. Selon ses équipes, La carte scolaire se construit dès octobre, sur la base de données INSEE et d’une enveloppe budgétaire fixée après le vote de la loi de finances. S’ensuivrait “une phase de concertation fine” école par école entre inspecteurs, directeurs et mairies, avec des arbitrages présentés en mars devant les syndicats, les parents et les maires. Le rectorat assure par ailleurs que les ouvertures sont “priorisées dans les secteurs en difficulté” et que des postes sont “sanctuarisés” pour les dispositifs spécialisés.
Surtout, le rectorat insiste sur un point : la carte scolaire n’est pas définitive au printemps. Une étape de révision a lieu en juin, et les derniers ajustements interviennent le jour de la rentrée en septembre. Le DASEN “exclut toute fermeture de classe au mois de septembre”, ce qui signifie en creux que ce qui est fermé en juin peut être rouvert à la rentrée si les effectifs le justifient. C’est précisément ce qu’il a promis oralement aux parents d’Émile Combes : rouvrir si l’école atteint 150 élèves.
Ce calendrier glissant ne convainc pas les familles. Savoir qu’une classe pourrait être rouverte en septembre ne règle pas les recrutements d’enseignants, les affectations d’AESH ni l’organisation des emplois du temps, qui se préparent bien avant la rentrée. Une école au moins a obtenu gain de cause : Marie Curie a réussi à faire annuler une fermeture de classe. Preuve que la mobilisation peut payer, et que les parents qui étaient devant le rectorat en début d’après-midi ce jeudi n’ont pas tout à fait tort de ne pas lâcher.
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