Montpellier : des associations réclament un plan canicule pour les sans-abri

Elian Barascud Publié le 30 juin 2026 à 15:38 (mis à jour le 30 juin 2026 à 16:13)
Les associations mobilisées réclament un accueil ouvert jour et nuit, alors que 34 personnes sont mortes dans la rue à Montpellier en 2025. ("Le Poing")

Mardi 30 juin, devant la préfecture de l’Hérault, le collectif citoyen contre le sans-abrisme et le DAL Montpellier ont demandé à être reçus en urgence pour connaître les mesures prévues face à la canicule. Les associations réclament un accueil ouvert jour et nuit, alors que 34 personnes sont mortes dans la rue à Montpellier en 2025

C’est sous un soleil de plomb qu’une cinquantaine de personnes s’est rassemblée ce mardi 30 juin devant la préfecture de l’Hérault, à l’appel du Droit Au Logement Montpellier (DAL) et du Collectif citoyen contre le sans-abrisme, en partenariat avec le MRAP, Sakado, Pépites, Une école un avenir, l’APAJ et La Carmagnole. Une délégation demandait à être reçue par les services préfectoraux, qui s’engagent à organiser un rendez-vous prochainement.

Le rassemblement intervient à la veille d’un nouvel épisode caniculaire annoncé sur la métropole. Les organisateurs estiment qu’au moins 1 000 personnes vivent à la rue à Montpellier, un chiffre qu’ils jugent eux-mêmes prudent : un précédent communiqué du collectif citoyen, en mars dernier, avançait une estimation allant jusqu’à 2 800 personnes en situation d’errance.

« On a l’impression d’être face à une machine bureaucratique »

Pour le collectif, la chaleur représente un risque vital pour des personnes déjà affaiblies, exposées à la déshydratation et à l’aggravation de pathologies existantes. « On est là pour dénoncer le désintérêt des pouvoirs publics envers les personnes sans domicile, surtout en période de canicule », résume Gilles, du collectif citoyen contre le sans-abrisme. « On a sollicité un rendez-vous avec la préfecture pour savoir comment elle compte s’organiser face à l’épisode de chaleur attendu la semaine prochaine. Il faut sortir de la gestion de crise et devenir proactif : on a l’impression d’être face à une machine administrative qui se moque de l’humain, où il faut qu’il y ait des morts pour que les choses bougent. »

Le militant rappelle le précédent de l’hiver dernier, après la mort d’un homme de 28 ans le 30 décembre, retrouvé en hypothermie sans avoir pu obtenir de place d’hébergement. La mairie avait alors ouvert un gymnase, refermé quatre jours plus tard. « La mairie et la préfecture se renvoient la balle sur qui doit faire quoi. Ce qu’il faut, c’est un lieu d’accueil ouvert en continu, jour et nuit », insiste-t-il, ajoutant que la fin de l’année scolaire s’accompagne de son lot d’expulsions locatives. « On est en train d’entériner une machine qui fabrique du sans-abrisme. » Selon les chiffres avancés par le collectif, l’espérance de vie d’une personne ayant connu la rue tomberait à 49 ans, et 34 personnes seraient mortes dans la rue à Montpellier en 2025.

Une lettre ouverte doit par ailleurs être adressée au maire de Montpellier, Michaël Delafosse, pour demander l’ouverture de lieux d’accueil et un plan massif de mises à l’abri.

Une mère de quatre enfants sans solution

Parmi les personnes présentes, Hatce, mère de quatre enfants, témoigne de sa situation. « En arrivant à Montpellier, on s’est d’abord retrouvés à neuf dans un 44 m². Depuis une semaine, je suis à la rue avec mes quatre enfants, dont deux garçons autistes de 4 ans et 2 ans et demi. On a essayé d’appeler plusieurs fois le 115, sans qu’aucune place ne nous soit proposée », raconte-t-elle.

Une obligation légale jugée non respectée

Le communiqué des organisateurs s’appuie sur l’article L345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles, qui prévoit que toute personne sans abri en situation de détresse a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence. Pour les associations, cette obligation, qui incombe à l’État, n’est pas remplie dans l’Hérault.

Cécile, membre du DAL, replace cette situation dans un contexte plus large de crise du logement. « On n’a pas affaire à un problème de gestion de crise, mais à un problème structurel, lié à la spéculation sur les loyers. En France, environ 3 millions de personnes seraient en attente d’un logement social, et la Fondation pour le logement évoque plus de 30 000 expulsions locatives avec recours à la force publique en 2025 », indique-t-elle.

Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée

Le rassemblement de ce mardi s’ajoute à une série d’actions menées depuis l’hiver par le collectif citoyen contre le sans-abrisme, créé après la mort de plusieurs personnes à la rue. Après un premier happening devant l’office de tourisme en janvier et un hommage place de la Comédie début mars, le collectif a tenu en mars une conférence de presse pour annoncer la structuration d’une coordination inter-associative, vie d’ ne formation sur les réquisitions de logements vacants et une rencontre entre collectifs qui s’est tenue en juin.

Les organisateurs du rassemblement de ce mardi disent attendre désormais des précisions de la préfecture sur les mesures envisagées pour protéger les personnes sans abri durant l’été, et plus largement sur une réponse structurelle à la question de l’hébergement d’urgence.

Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :


ARTICLE SUIVANT :

"Voix mortes" à Montpellier : un festival pour faire entendre les voix que la psychiatrie fait taire