Assassinat de Sonia Bellina, agression transphobe à Montpellier : chronique morbide d’un patriarcat « ordinaire »

Julien Servent Publié le 20 août 2026 à 04:56
Rassemblement contre les crimes transphobes à Montpellier, le 20 novembre 2019. Image d'illustration

Mercredi 12 août, le corps sans vie de l’influenceuse Sonia Bellina était retrouvé entre des rangs de vignes à Saint-Gilles dans le Gard. Le lendemain, à Montpellier, une femme transgenre était ciblée par une agression menée avec des tessons de bouteilles en verre, après une tentative de viol. Une semaine plus tard, les réactions aux deux affaires en disent long sur l’état d’esprit de certaines parties de la société française.

Sinistre découverte mercredi 12 août près de la ville gardoise de Saint-Gilles. Le corps à moitié calciné et dénudé de l’influenceuse Sonia Bellina y a été découvert au milieu des vignes.

« Les gens vont trop loin, c’est affreux et ils racontent n’importe quoi »

La procureure de la République de Nîmes, Cécile Gensac, confirmait ce mercredi 19 août que le corps était bien celui de la jeune femme, signalée disparue par des membres de sa famille quelques jours avant. « Les enquêteurs de la section de recherches de Nîmes viennent de procéder ce jour à l’interpellation de deux hommes, qui ont été placés en garde à vue en raison d’éléments laissant suspecter leur participation aux faits, directe ou indirecte », a annoncé la procureure.

Une semaine après la découverte du corps, une proche se présentant comme la sœur de la victime a dénoncé le harcèlement subi par sa famille. « Les gens vont trop loin, c’est affreux et ils racontent n’importe quoi », déclarait-elle à Midi Libre le 17 août.

Le lendemain, mardi 18 août, Maître Mourad Battikh, avocat de la famille, déclarait : « Depuis plusieurs jours, des publications diffusent en masse rumeurs, spéculations, propos outrageants et mises en cause, accompagnées d’images et d’éléments relevant de la vie privée. Ces agissements ajoutent une souffrance inutile à celle des proches et sont de nature à nuire au bon déroulement de l’enquête ». Avant d’annoncer que des plaintes et signalements viseront les contenus portant atteinte à la victime et à ses proches.

Quelques un des commentaires en question, cités par Libération : « Ce n’est pas une heure où on va rejoindre un homme inconnu… et, franchement, son actif à s’exhiber sur les réseaux ??? Y’a plus de questions à se poser. » ; « La jeune femme aura consacré sa vie à montrer son buste laitier sur les réseaux sociaux » ; « Quand tu joues… ben, des fois, il arrive que tu perdes ».

Tentative de viol et agression transphobe à Montpellier

Nouveau drame, le lendemain de la découverte du corps de Sonia Bellina, à Montpellier cette fois-ci. Le jeudi 13 août, une jeune femme transgenre a été ciblée par une tentative de viol dans le tunnel du Verdanson. Les agresseurs l’ont ensuite tailladée avec des tessons de bouteilles en verre, lui infligeant une centaine d’entailles sur tout le corps.

Ayant réussi à s’échapper, la jeune femme transgenre a été transportée aux urgences de l’hôpital Lapeyronie, où 50 points de suture lui ont été posés. L’enquête sur cette seconde affaire a été confiée au Service Local de Police Judiciaire, sous la supervision du procureur de la République.

Dans un communiqué publié le 15 août, l’association Stop Homophobie a déclaré : “Quelles que soient les qualifications qui seront finalement retenues par la justice, l’ampleur des blessures constatées est considérable. […] Cette affaire rappelle la nécessité d’une protection et d’un accompagnement adaptés pour les personnes transgenres victimes de violences”.

L’organisation montpelliéraine Cause Commune a par ailleurs réagi ce mercredi 19 août à la couverture de cette seconde agression proposée par le média Métropolitain. L’article y est pointé du doigt pour un mégenrage de la victime, y est accusé de « choix éditoriaux transphobes » et de minimiser les intentions des agresseurs, notamment par l’usage de l’expression « L’occasion faisant le larron ». Cause Commune demande des excuses et une modification de l’article.

L’article nie effectivement l’identité de genre de la victime, en affirmant « qu’il s’agissait en réalité d’un homme ». Avant de se conclure sur une longue digression touristique sur les lieux de l’agression, plutôt déplacée.

Droite et extrême-droite banalisent la transphobie

Aucun motif directement politique n’a été pour le moment mis en valeur par l’enquête judiciaire sur ce second drame. Mais en France, la progression électorale et médiatique de l’extrême droite s’accompagne d’une normalisation de la rhétorique anti-trans. La question de la transidentité est transformée en enjeu de “guerre culturelle”, puis reprise dans le débat politique et médiatique.

La campagne politique autour de la proposition de loi visant à restreindre la prise en charge médicale des mineurs trans, à l’initiative du groupe Les Républicains, déposée par Jacqueline Eustache-Brinio et appuyée par l’extrême droite au Sénat au printemps 2024, en est un exemple.

Une étude de l’Ipsos menée en 2024, constatait certains reculs : « La part des Français favorables à l’hypothèse d’une prise en charge des opérations de transition de genre par l’Assurance maladie comme d’autres procédures médicales, baisse de 4 points entre 2023 et 2024 passant de 45% à 41%. » ou encore « Une majorité de Français (60%) considère que les personnes transgenres font l’objet de discriminations. Bien qu’ils soutiennent toujours largement la nécessité de les en protéger (75%), cette proportion diminue par rapport à 2023 (77%). »

Le 9 octobre 2025, l’observatoire des inégalités faisait remarquer un triplement des crimes et délits homophobes et transphobes entre 2016 et 2024.

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