Laïcité : entre la Libre Pensée et la préfecture de l’Hérault, un dialogue de sourds courtois

Elian Barascud Publié le 18 août 2026 à 10:54 (mis à jour le 18 août 2026 à 11:35)
Procession de l’Église Saint-Roch à Montpellier (capture d'écran d'une vidéo publiée en 2015 sur la chaîne youtube de la ville de Montpellier)

Char à l’effigie de la Vierge financé par la mairie de Béziers, processions de la Saint-Roch au départ d’un équipement municipal montpelliérain : la fédération héraultaise de la Libre Pensée a de nouveau saisi la préfète Chantal Mauchet, qu’elle estime tenue de faire respecter la loi de 1905. La préfecture a répondu, sans rien trouver à redire. L’association a répliqué point par point le 17 août

C’est un rituel aussi installé que la féria elle-même. Chaque mois d’août, la fédération de l’Hérault de la Libre Pensée (LP34) écrit à la préfecture pour dénoncer ce qu’elle considère comme des entorses à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, à Béziers comme à Montpellier. Nouveauté cette année : la préfecture répond. Le directeur de cabinet de la préfète, le sous-préfet Marin Lassalle, a adressé à l’association une longue lettre argumentée, à laquelle la LP34 a répliqué le 17 août. Sur le fond, les deux parties campent sur leurs positions.

À Béziers, la Vierge fait char à part

Premier grief de l’association : l’intégration d’une messe et d’une procession au programme officiel de la féria de Béziers, qui s’est tenue du 12 au 15 août. La LP34 pointe surtout le financement par la commune d’un char représentant la Vierge, pour un montant qu’elle chiffre à 98 000 euros hors taxes en 2025. Elle s’étonne aussi de la présence d’élus en écharpe tricolore aux cérémonies religieuses, et rappelle que les précédents préfets Hugues Moutouh et François-Xavier Lauch avaient eux-mêmes assisté à la messe d’ouverture, sans jamais s’en expliquer malgré ses demandes.

La préfecture ne conteste pas ces faits, mais leur qualification juridique. Pour elle, la seule représentation d’un symbole religieux ne suffit pas à caractériser une subvention à un culte : encore faut-il examiner la fonction de l’œuvre dans la manifestation et ses dimensions artistique, culturelle ou festive. Même raisonnement pour l’écharpe : aucun texte n’interdit à un maire d’assister à une cérémonie religieuse ceint de son insigne, sa présence pouvant relever de ses fonctions de représentation. Quant à la présence d’un préfet à une procession, elle peut répondre, écrit le cabinet, à une finalité institutionnelle, sans valoir adhésion personnelle au culte.

L’association ne l’entend pas ainsi. Dans sa réponse, elle convoque la jurisprudence du Conseil d’État, notamment l’annulation en 2013 des subventions publiques aux ostensions limousines, pour soutenir que toute aide à une procession serait illégale. Elle rappelle au passage que le juge administratif annule chaque année depuis 2017 l’installation de la crèche de Noël dans l’hôtel de ville de Béziers, sans que Robert Ménard n’y renonce. Difficile, selon elle, de plaider le simple folklore : le maire de Béziers, écrit-elle, « ne cache pas le caractère religieux de l’évènement, mais en fait même un étendard ».

À Montpellier, la préfecture fait l’impasse sur saint Roch

Sur le second dossier, la réponse préfectorale brille par son silence : pas un mot sur les fêtes de la Saint-Roch, organisées à Montpellier les 15 et 16 août avec le concours de la municipalité. La LP34 ne manque pas de le relever. L’association évoque une subvention de 15 000 euros à l’Association internationale saint Roch de Montpellier (AISRM) et surtout la mise à disposition de la Maison des relations internationales, d’où sont parties, avant d’y revenir, deux processions portant la statue du saint. Si cette occupation a été consentie gratuitement, il s’agirait selon elle d’une aide indirecte à un culte, prohibée par la jurisprudence du Conseil d’État. L’AISRM affirme de son côté n’organiser que les volets profanes des festivités, et le programme officiel évite soigneusement le mot « procession ». L’association suggère, non sans malice, qu’il aurait été « plus clair » de faire partir le cortège du parvis de l’église où la statue est entreposée le reste de l’année.

La LP34 signale enfin que des communes plus petites suivent le mouvement, citant Sérignan, dont la mairie organise directement les fêtes de saint Roch, messes et processions comprises.

Aucun juge n’a, à ce stade, été saisi des éditions 2026, et les qualifications avancées de part et d’autre restent donc des interprétations. En attendant, l’association veut voir un progrès dans ce désaccord épistolaire : elle remercie la préfète d’avoir répondu, « une attitude à laquelle [ses] deux prédécesseurs immédiats ne l’avaient pas habituée ». Dans l’Hérault, la laïcité avance à petits pas. Le courrier aussi.

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