Antigone des associations : la mairie va-t-elle encore écarter une association de solidarité avec la Palestine ?

Elian Barascud Publié le 25 août 2026 à 17:02 (mis à jour le 25 août 2026 à 17:04)
Antigone des associations, le 10 septembre 2023 à Montpellier (photo publiée sur la page facebook de la Ville de Montpellier)

L’an dernier, la Ville avait « fait le choix de ne pas convier » la Campagne Civile Internationale de Protection du Peuple Palestinien à l’Antigone des associations, lui reprochant d’avoir affiché son soutien à la campagne BDS. À une dizaine de jours de l’édition 2026, l’association attend toujours son affectation de stand. Son mail du 19 juillet à la mairie est resté sans réponse

Chaque année, début septembre, l’Antigone des associations réunit plusieurs centaines de structures montpelliéraines le long des allées du quartier. Pour y tenir un stand, il faut recevoir de la Maison de la démocratie, courant juillet ou août, un courrier avec le numéro et l’emplacement attribués. Sans ce papier, pas d’entrée dans le périmètre.

Cette année, la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien de l’Hérault (CCIPPP34) n’a rien reçu. Elle a écrit à la mairie le 19 juillet pour s’en inquiéter. Pas de réponse à ce jour. Le scénario ressemble beaucoup à celui de 2025, et c’est ce qui inquiète l’association.

2025 : une lettre recommandée arrivée trois jours après la foire

L’an dernier, même absence de courrier. Selon le récit qu’a fait l’association aux structures de la Maison des territoires du monde et de la solidarité internationale (MTMSI), dont elle est membre, un premier appel au service des associations s’est soldé par une réponse rassurante : il y aurait eu des « problèmes de courrier », une invitation suivrait, au besoin par mail. Le mail n’est jamais arrivé. Aux relances téléphoniques, la même réponse : la cheffe de service allait « revenir vers » eux.

Ce qui est finalement arrivé, c’est une lettre recommandée, datée du 3 septembre, reçue à la MTMSI le 4, et que l’association n’a pu retirer à La Poste que le 8. L’Antigone avait lieu entre-temps. Dans ce courrier, la Ville indique avoir « fait le choix de ne pas convier l’association CCIPPP34 à l’édition 2025 », au motif qu’elle n’aurait « pas respecté ses engagements lors de l’édition 2024 », à savoir « ne pas communiquer sur la campagne BDS » [Boycott désinvestissements sanctions, campagne internationale non-violente de soutien à la Palestine, ndlr].

L’association conteste avoir jamais pris un tel engagement. Elle affirme qu’aucune demande en ce sens ne lui a été formulée en 2024, et que son stand affichait alors, comme les années précédentes, la double identité CCIPPP34 et BDS. Le comité BDS 34 lui prête d’ailleurs son chapiteau depuis une bonne dizaine d’années. Difficile, dans ces conditions, de parler d’une surprise pour les services municipaux.

D’après le même récit, le stand de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), elle aussi partie prenante de la campagne BDS, avait été interrogé sur ce point lors de l’édition 2024 et photographié par les forces de sécurité.

Faute d’avoir pu s’organiser, la CCIPPP34 n’a pas tenté de s’installer en 2025. Son communiqué interne parle de « censure » et pose une question que l’on peut reformuler sans trop la trahir : depuis quand une mairie a-t-elle son mot à dire sur les campagnes auxquelles une association adhère ? Le courrier de la Ville demanderait par ailleurs aux associations de « valoriser son action sur le territoire ». On ignore ce que la solidarité avec Gaza est censée valoriser sur le territoire de Montpellier.

Une association qui n’a rien de clandestin

La CCIPPP a été créée à Paris en juin 2001, après l’échec des accords d’Oslo, pour envoyer des délégations de la société civile en Cisjordanie et à Gaza, avec pour mission de témoigner au retour. José Bové avait participé aux premières missions. Trois Montpelliérains y prennent part dès décembre 2001, et l’antenne héraultaise se déclare en association loi 1901 en 2003.

Elle est depuis membre de la MTMSI, au 27 boulevard Louis-Blanc, espace aujourd’hui géré directement par la mairie pour l’attribution des salles. Elle est à jour de ses cotisations et de son assurance. Elle figure dans l’annuaire municipal des associations, sur le site même de l’Antigone, où sa fiche mentionne noir sur blanc qu’elle est membre de la MTMSI et de BDS France. Cette mention date d’après 2009, année de création de BDS France. La mairie a donc eu une quinzaine d’années pour la lire.

L’association raconte aussi qu’à plusieurs reprises ces dernières années, la police municipale est venue lui demander de plier son stand, et qu’il a fallu à chaque fois faire venir le président de la MTMSI avec les papiers pour prouver que tout était en règle. Elle soupçonne des interventions d’élus proches des organisations de soutien à Israël. Nous ne sommes pas en mesure de le vérifier. Ce type de contrôle n’est en tout cas pas nouveau : en 2018, sous la mandature de Philippe Saurel, BDS France dénonçait déjà une intervention de la municipalité contre son stand à l’Antigone.

Un contexte municipal chargé

L’affaire ne tombe pas dans le vide. Le maire Michaël Delafosse a fini par refuser le parc de Grammont au Centre culturel juif Simone Veil pour sa « journée de Jérusalem », tout en ouvrant l’hôtel de ville au même centre pour un colloque soutenu par l’ambassade d’Israël. Au printemps, la Ville avait décidé de faire appel, sans débat en conseil municipal, contre deux militants de BDS jugés pour avoir versé de la gouache rouge sur un drapeau américain et une plaque de jumelage devant la Maison des relations internationales. Le 12 juin, le parquet s’est désisté à l’ouverture de l’audience, ce qui a valu à tout le monde une remarque du président de séance sur la « débauche de moyens ».

Reste à savoir si, cette année, la CCIPPP34 recevra son numéro de stand, une lettre recommandée, ou rien du tout. Contactée, la mairie de Montpellier n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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