A Montpellier, la “journée de Jérusalem” est-elle en train de vaciller ?
Dans un communiqué publié le 23 juin, le groupe communiste et républicain du Conseil municipal de Montpellier, allié du maire Michaël Delafosse, dénonce l’utilisation du logo de la Ville par les organisateurs de la “journée de Jérusalem” dans leur communication. De son côté, BDS-Urgence Palestine a écrit une lettre ouverte à la préfète de l’Hérault pour demander l’annulation cette journée contraire au droit international
La “journée de Jérusalem”, célébrée depuis maintenant 49 ans à Montpellier avec le soutien du parti socialiste, aurait-elle du plomb dans l’aile ? Le 23 juin dernier, le groupe communiste et républicain du Conseil municipal de Montpellier, allié du maire Michaël Delafosse, a publié un communiqué dénonçant l’utilisation du logo de la mairie de Montpellier par le centre culturel juif Simone Veil (CCJSV), qui organise cette journée, dans sa communication. “La journée de Jérusalem célèbre la conquête militaire de la totalité de la ville de Jérusalem à la suite de la guerre des Six Jours jusqu’alors partagé entre l’État d’Israël et palestinien. […] Nous réaffirmons notre soutien aux peuples Palestiniens et Libanais, victime d’agression intolérable de la part du régime israélien. Les actes terroristes du 7 octobre ne sauraient aucunement justifier la situation humanitaire qu’impose Israël aux Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie. Le logo de la Ville de Montpellier, ville adhérente du réseau des “maires pour la paix” qui s’est toujours positionnée du côté du droit international et de la diplomatie face aux guerre ne saurait être associé à un tel évènement”, peut-on y lire.
Cette prise de position intervient dans un contexte où les liens entre la mairie de Montpellier et le CCJSV demeurent étroits. En 2024, en plein génocide, l’association avait bénéficié de 31 000 euros de subventions de la Ville. Et en février 2025, Michaël Delafosse avait ouvert les portes de l’hôtel de ville au CCJSV pour un colloque intitulé “L’antisémitisme après le 7 octobre : comment être Juif en France aujourd’hui ?”, organisé avec le soutien de l’ambassade d’Israël, du CRIF et de la LICRA. Au programme figuraient notamment des conférences intitulées “Le wokisme et le néo-féminisme : une dérive identitaire facteur d’antisémitisme” ou “L’islam radical, un danger pour les juifs”. Dans son mot d’introduction, le secrétaire du CCJSV, Gérard Feldman, avait comparé ses adversaires politiques à une “hydre islamiste” et mis en garde contre “l’islamo-gauchisme”.
Comment expliquer un tel retournement, après trois ans de silence du groupe communiste sur cette question, et ce malgré les positions de leur allié Delafosse qui affirme qu’il est “mensonger de parler d’apartheid israélien” ? Le génocide deviendrait-il trop insupportable ? La pression exercée par des citoyens via une pétition demandant les retrait des logos de la Région et de la Ville de Montpellier de la communication de cette journée aurait-elle porté ses fruits ? “Peut-être qu’il a envoyé ses alliés écrire un communiqué pour faire pression afin de faire retirer le logo car il n’a pas le courage de rompre officiellement avec les organisateurs…”, raille-t-on dans l’opposition municipale.
BDS écrit à la préfète pour demander l’interdiction de la journée
De son côté, BDS-Urgence Palestine a adressé le 25 juin une lettre ouverte à la préfète de l’Hérault pour demander l’interdiction pure et simple de la journée. Sans succès : la préfecture a répondu en interdisant non pas l’événement, mais toute manifestation aux abords du Domaine de Verchant le dimanche 28 juin.
Le collectif n’en est pas à son premier courrier préfectoral. L’an dernier déjà, l’association Avocats pour la Justice au Proche-Orient (AJPO) avait transmis une demande argumentée en ce sens au prédécesseur de l’actuelle préfète. Celle-ci était restée sans suite, et BDS s’était vu interdire pour la troisième fois consécutive d’organiser le moindre rassemblement à proximité de l’événement, y compris un pique-nique à distance. Le tout, sous surveillance par drone, note le collectif dans sa lettre, “totalement disproportionnée” au regard du caractère non-violent de ses actions.
Cette année, BDS s’est associé à l’association juridique NIDAL pour étayer sa demande d’interdiction d’un argumentaire en droit. Celui-ci s’appuie sur deux axes. Le premier concerne la présence de Sar-El parmi les partenaires officiels de la journée : l’association, qui recrute des volontaires civils pour effectuer des missions logistiques au sein de bases militaires de Tsahal en remplacement de soldats envoyés au front, entrerait selon NIDAL dans le champ de la complicité de crimes de guerre telle que définie par l’article 25 du Statut de Rome. Le second axe porte sur la légitimation de la municipalité israélienne de Jérusalem, dont les pratiques d’urbanisme à Jérusalem-Est ont été qualifiées par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies d’“apartheid urbain”, et dont la CIJ a rappelé en juillet 2024 que l’annexion était “dépourvue de tout effet juridique”.
BDS appelle donc à se rassembler la veille, le samedi 27 juin à 18h, au départ de l’Esplanade, devant l’office de tourisme de Montpellier.
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE SUIVANT :

