31 octobre à Montpellier : après les milices, le RAID face à la jeunesse

Elian Barascud Publié le 31 octobre 2026 à 19:18 (mis à jour le 31 octobre 2026 à 19:25)
Ce samedi 31 octobre, entre 15 000 et 20 000 personnes ont manifesté à Montpellier contre la vie chère et en soutien au mouvement lycéen, malgré l'interdiction prise par la préfète de l'Hérault. (DR)

Ce samedi 31 octobre, entre 15 000 et 20 000 personnes ont manifesté à Montpellier contre la vie chère et en soutien au mouvement lycéen, malgré l’interdiction prise par la préfète de l’Hérault. Au-dessus du cortège, un hélicoptère de la gendarmerie. Devant la préfecture, les blindés du RAID

Troisième samedi de mobilisation « gilets jaunes x Gen Z », et troisième fois que Montpellier passe outre une interdiction préfectorale. La méthode commence à être rodée. Les syndicats FO de l’enseignement (FO ESR, SNFOLC et FNEC FO) avaient déclaré un parcours, l’avaient négocié avec la préfecture et l’avaient obtenu. Vendredi 30 octobre, la préfète Chantal Mauchet l’a interdit quand même.

Saisi en urgence, le tribunal administratif a validé l’interdiction ce samedi matin, quelques heures avant le départ prévu, rapportent nos confrères d’Hérault Tribune. À l’audience, l’avocate des syndicats, Tamaris Fürstenheim, a décrit un basculement « d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation ». Elle a relevé que l’État n’avait produit aucun chiffre montrant un manque d’effectifs policiers, et que la préfète réclamait la liste nominative des cent personnes du service d’ordre syndical, ce que la loi n’exige pas. Le représentant de la préfète a invoqué l’ampleur des cortèges des 17 et 24 octobre, une cinquantaine de commerces dégradés en deux semaines, et un besoin de 300 à 400 policiers pour encadrer le seul parcours FO. De leur côté, Solidaires 34 et la FSU avaient retiré leur déclaration après le refus de tous les tracés proposés, la préfecture tenant à éloigner le cortège du centre-ville.

Départ devant une fac évacuée

Vers 14 heures, plusieurs milliers de personnes sont réunies devant la faculté des sciences, point de départ initialement prévu. Le lieu n’a pas été choisi au hasard. La veille au matin, la police y a évacué l’occupation du bâtiment 36, tenue par une quinzaine d’étudiants.

« Il y a dix jours, une assemblée générale des personnels a réuni 150 personnes et voté que nous nous mettrions en grève si la faculté était évacuée par la police, explique Yann, enseignant-chercheur syndiqué à la FSU. Nous serons donc en grève lundi, et une nouvelle assemblée générale aura lieu à midi devant le bâtiment 36. » L’évacuation n’a donc pas éteint la contestation. Le syndicaliste la juge même « massive depuis les premières images de violences policières contre des lycéens ». Parmi les revendications des occupants figure la fin du partenariat signé en juin entre l’Université de Montpellier et TotalEnergies pour le master Énergie, adopté en conseil de faculté grâce à la voix prépondérante du président de séance après un vote à égalité.

hélicoptère et canon à eau

Le cortège, où beaucoup sont venus déguisés, se met en marche vers l’arrêt de tram Albert-Ier, où d’autres manifestants attendent. En chemin, une haie de doigts d’honneur se dresse vers l’hélicoptère de la gendarmerie qui tourne au-dessus des têtes. Des camions blindés du RAID, l’unité d’élite de la police nationale, stationnent devant la préfecture, et un canon à eau circule sur la place de la Comédie. À l’autre bout de la ville, un sit-in se tient devant l’hôtel de ville.

Des camions du RAID stationnaient devant la préfecture de l’Hérault ce samedi 31 octobre. (DR)

Un absent, tout de même : le brassard blanc. Le 24 octobre, un groupe que l’Observatoire des libertés publiques de Montpellier et la LDH qualifient « de type milice » avait frappé des manifestants à quelques mètres des cordons de CRS, et parfois au milieu d’eux, sans que les policiers interviennent, selon leur rapport présenté mercredi. La préfecture parle d’une rixe entre deux groupes opposés, et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez assure que la police n’a protégé personne. La préfète avait tout de même rappelé que la protection des commerces n’était pas l’affaire des citoyens. Message reçu : ce samedi, aucun justicier autoproclamé en vue. Les commerçants, qui ont démenti auprès du Poing avoir jamais sollicité leur aide, devront se contenter du canon à eau.

Affrontements sur l’Esplanade

Arrivé place de la Comédie, un bout de cortège part vers l’hôtel de ville, puis fait demi-tour. Suit une heure de flottement face aux cordons de CRS, avant que des affrontements n’éclatent sur l’Esplanade. La police fait usage de gaz lacrymogène face à plusieurs milliers de jeunes manifestants qui ne lâchent pas. Dans le cortège circulait un appel à se retrouver à 20 heures place de la Comédie, voire à prolonger la contestation pendant la nuit d’Halloween.

Le 5 novembre en ligne de mire : les lycéens de retour ?

Toute l’après-midi, une date revenait dans les conversations : le jeudi 5 novembre. Ce jour-là, l’intersyndicale de l’Hérault (CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, Solidaires et FA) appelle à la grève et à manifester « pour nos salaires, nos services publics et nos libertés ». Le rendez-vous montpelliérain est fixé à 14 heures place Max-Rouquette, avec des rassemblements dans six autres villes du département, de Béziers à Ganges. Dans leur communiqué du 27 octobre, les syndicats réclament des hausses de salaires, de pensions, du point d’indice et des minima sociaux, une justice fiscale et la remise à plat des 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises. Ils s’inquiètent aussi de l’interdiction de manifester du 24 octobre : à la colère sociale, il faut répondre selon eux par des mesures concrètes, « pas par des interdictions et de la répression ».

Andréa, lycéenne à Clemenceau, l’annonçait dès vendredi 30 octobre, lors d’une conférence de presse des syndicats FO de l’éducation : « On compte bien se mobiliser à la rentrée, même si on ne sait pas encore sous quelle forme. En tout cas, nous serons là le 5 novembre. »

Lundi 26 octobre, le gouvernement de Sébastien Lecornu a pourtant sorti son plan pour calmer les lycées : classes de seconde plafonnées à 28 élèves dès 2027 dans la moitié des lycées les moins favorisés, puis dans tous les lycées publics en 2028, 500 postes d’enseignants et 500 postes de psychologues, infirmiers et assistants sociaux, et la fin annoncée de Parcoursup. Mercredi 29, Emmanuel Macron, invité d’HugoDécrypte, a appelé les jeunes à lever les blocus et à retourner en cours lundi.

Andréa n’est pas convaincue. « Les mesures qu’on a obtenues sont dérisoires et inadmissibles. Quand Emmanuel Macron a parlé à la télé, on l’a pris comme un affront : il veut calmer le mouvement, pas améliorer nos conditions d’études. On a des classes à 38 degrés, pas assez de chaises ni de tables pour tout le monde. On nous parle de 28 élèves maximum en seconde, d’accord, mais en première et en terminale, on fait comment ? » Pour ces deux niveaux, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray s’est contenté de promettre des moyens pour alléger les groupes de spécialité. La lycéenne réclame aussi l’abandon des poursuites judiciaires visant des lycéens. Une réunion inter-lycées doit fixer mardi la forme de la mobilisation de jeudi.

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