Politique
Analyse 31 octobre 2019

Face aux violences d’extrême droite, Montpellier riposte : assemblée ce dimanche, contre-manif le 11 novembre

par Le Poing
Lundi 28 octobre, deux personnes sont blessées par arme à feu devant la mosquée de Bayonne. Le tireur est un ancien candidat du Front national, qui ne faisait pas mystère de ses obsessions racistes. Ce récent attentat vient s’ajouter à la longue liste des violences d’extrême droite en France et, plus largement, en Europe, avec une centaine de morts à la clé sur ces dix dernières années. La thèse d’une simple attaque due à la fragilité psychologique de son auteur domine pourtant dans le discours public.

Trois ans après l’opération contre le réseau néonazi Blood and Honour, avec onze arrestations et la saisie d’autant d’armes d’épaule. Deux ans après l’arrestation en Provence et en Seine-Saint-Denis d’une dizaine de militants nationalistes prévoyant d’attaquer des musulmans, en reprenant le nom de l’OAS, ancienne organisation terroriste pour l’Algérie française. Un an après le démantèlement de l’Action des forces opérationnelles, réseau clandestin nationaliste et pré-terroriste comptant dans ses rangs des militaires et des policiers. Quelques affaires particulièrement médiatisées, alors qu’il en existe bien d’autres, de l’attaque de cortèges antiracistes par des militants d’extrême droite lors des manifestations des gilets jaunes à Paris, Lyon ou Toulouse, jusqu’à l’arrestation en 2016, en Ukraine, d’un autre militant nationaliste français cherchant à importer des explosifs et des armes lourdes. L’extrême droite semble être passée des mots aux actes dans sa préparation de la guerre civile contre les « étrangers » et les « gauchistes ».

Banalisation des discours racistes

Alors qu’Eric Zemmour concentre tant d’attention médiatique, que le ministre de l’éducation nationale déclare que « le voile n’est pas souhaitable en société », que le gouvernement tente de réimposer des thématiques identitaires en lançant un débat sur « la laïcité, le communautarisme et la radicalisation » pour briser la colère sociale, nous ne pouvons pas nier le renforcement d’une pensée réactionnaire tentant de devenir hégémonique, et infusant dans toute la société, du haut vers le bas. Il n’est pas surprenant dans ces conditions qu’Emmanuel Macron choisisse lui aussi de s’exprimer dans une publication d’extrême droite telle que Valeurs Actuelles ce jeudi.

Sommes-nous devenus les spectateurs passifs de ce phénomène ? Nous semblons parfois condamnés à subir les litanies réactionnaires des médias et de la classe politique, puis leurs condamnations hypocrites lorsque des individus et des groupes passent à l’acte, de plus en plus régulièrement. Mais cette situation engendre de profondes divisions permettant de mater toute contestation en ramenant le débat public à des fantasmes identitaires visant tantôt les personnes musulmanes, tantôt les personnes juives, mais aussi les femmes et les LGBTI.

Riposte montpelliéraine

Des charognards politiques profitent de cette situation pour développer leur propre discours, occuper l’espace public et tenter de recruter à droite. Il s’agit dans notre région occitane de groupuscules souvent inaudibles, mais à la capacité de nuisance bien réelle. Citons ainsi la fantomatique Action française, les communicants racistes de Génération identitaire et la Ligue du Midi, qui oprévoit le lundi 11 novembre une manifestation à Montpellier sur le thème de la lutte contre l’islamisation et l’insécurité.

Un comble, quand on sait que la Ligue du Midi insulte régulièrement, sur leur site internet, les milices révolutionnaires kurdes, à qui l’on doit pourtant la déroute de Daesh. Et que la plupart des responsables de la Ligue sont connus pour des agressions violentes (coup de couteau dans le dos, tabassages gratuits… : plus d’infos dans cette enquête). Face à ce regain réactionnaire, la riposte s’organise à Montpellier. Près de 150 personnes se sont rassemblées contre l’islamophobie dimanche dernier. Une « assemblée générale contre les violences de l’extrême-droite », ouverte à tous, est prévue au local associatif le Barricade (14 rue Aristide Ollivier, Montpellier), le dimanche 3 novembre à 18h30. Et un rassemblement contre les violences des groupes fascistes se tiendra au même endroit et en même temps que celui prévu par la Ligue du Midi : rendez-vous donc le lundi 11 novembre à 14h (jour férié), devant la préfecture de Montpellier. Affaire à suivre.


ARTICLE SUIVANT :

À Montpellier, les Chiliens toujours mobilisés contre la répression ultra-violente du régime