Flottille pour Gaza : Nicole, Montpelliéraine de 67 ans, raconte la prison israélienne
Nicole, montpelliéraine de 67 ans, a rejoint la Global Sumud Flotilla pour tenter de briser le blocus de Gaza. Le 18 mai, la marine israélienne en a décidé autrement. Capturée en eaux internationales, détenue deux jours sur un bateau-prison puis incarcérée en Israël, elle est rentrée en France avec de sérieux hématomes, mais se dit “prête à se réengager”
La dernière fois qu’on avait eu Nicole au téléphone, le 18 mai vers midi, elle préparait à jeter son téléphone à la mer. Elle était encore libre. Quelques heures plus tard, la marine israélienne mettait fin à cette liberté. Ce vendredi 5 juin, assise quelque part à Montpellier, elle raconte. « Nous nous sommes fait arraisonner le 18 mai dans les eaux internationales. On a été envoyé sur un bateau-prison. Il y avait une sorte de cour entourée par des containers, les soldats israéliens nous jetaient des packs d’eau et du pain. » Deux jours et deux nuits dans ces conditions, « le temps qu’ils arrêtent tous les bateaux ». Selon les organisateurs de la Global Sumud Flotilla, 319 personnes au total ont été arrêtées lors de cette interception, à près de 500 kilomètres des côtes de Gaza.
Nicole décrit ensuite un débarquement forcé : traînée par les cheveux, dit-elle, avant d’être soumise à un interrogatoire. Les autorités israéliennes auraient demandé aux militants de signer un document attestant qu’ils étaient entrés illégalement sur le territoire israélien. Une formulation que Nicole et ses camarades ont refusé de signer, rappelant qu’ils avaient été capturés en eaux internationales. Les demandes d’accès à un avocat auraient été ignorées.
Puis vient le récit de la prison de Ketziot, dans le Néguev, où Nicole raconte avoir passé un jour et une nuit. Ce qu’elle y décrit est grave : privation d’eau pendant plus de seize heures, déplacements contraints à quatre pattes, coups pour ceux qui osaient lever la tête, lâchers de chiens. Ces allégations font écho aux témoignages d’autres membres de la flottille recueillis par des médias internationaux. Des militants ont rapporté des blessures lors des interceptions, et au moins quatre personnes ont signalé des faits de violences sexuelles.
Le dénouement est expéditif : conduite à l’aéroport par des militaires israéliens, Nicole est embarquée de force dans un avion turc, « pendant que des journalistes nous prenaient en photo ». « Arrivés à Istambul, nous avons été accueillis comme des rois par des militants pro-palestiniens, cela faisait chaud au cœur », raconte-t-telle.
À son arrivée en France le 22 mai, elle consulte un médecin. Celui-ci constate des hématomes sur son corps et des douleurs aux poignets et aux chevilles, séquelles des menottes et des chaînes. Elle écope de trois jours d’ITT renouvelables. Pourtant, Nicole tempère : « C’est dur à encaisser, mais ce n’est rien à côté de ce que vivent les Gazaouis depuis des décennies. On n’est pas des héros. » Elle doute qu’il y ait d’autres flottilles, mais se dit prête à se réengager pour d’autres actions. « Les petits ruisseaux font de grandes rivières », conclut-elle.
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