« Jeunesse, études, dignité » : à Montpellier, les lycéens ne décolèrent pas
Pour le quatrième acte de la mobilisation lycéenne, des milliers de personnes ont défilé ce jeudi 8 octobre à Montpellier. Un arrêté préfectoral leur interdisait l’Écusson. Après la manifestation déclarée, la place de la Comédie a de nouveau été gazée, et au moins deux personnes ont été interpellées
Malgré la fatigue accumulée par des jours de blocage, des milliers de jeunes défilent d’un pas dynamique dans les rues de Montpellier en scandant « Jeunesse, études, dignité ». Le parcours, lui, a été tracé hors du centre historique. Par arrêté, la préfecture de l’Hérault a interdit au cortège, parti à 13h du Peyrou, d’entrer dans l’Écusson.
La matinée avait pourtant donné le ton. Les lycées Jean-Monnet, Mermoz, Joffre, Clemenceau, Jules-Guesde et Mendès-France ont été bloqués ou perturbés, tout comme plusieurs facs (lettres, pharmacie, sciences, économie, droit) et l’Institut régional du travail social, qui vivait le premier blocage de son histoire. On comptait déjà au moins cinq interpellations avant midi. Devant Clemenceau, Milo, en terminale, ne cachait pas l’usure : « On est de moins en moins nombreux, les parents forcent pour que leurs enfants retournent en cours, c’est dur mais on ne lâchera pas. »
Des soignants et des profs en bouclier
Dans le cortège, une quinzaine de blouses blanches en chasuble rouge. « Nous nous sommes mis en grève mardi, et nous sommes encore en grève aujourd’hui pour soutenir les lycéens, explique Pierre Renard, de la CGT du CHU de Montpellier. Nous avons également posé un préavis de grève illimitée à partir de mardi prochain. » Pas question de prendre la tête du défilé : « Nous ne voulons pas voler le mouvement aux lycéens, ce sont leurs revendications. Nous sommes juste venus avec du matériel médical dans le sac pour soigner les jeunes au cas où, et pour veiller à la sécurité du cortège à chaque intersection. » Le lien entre les deux luttes lui paraît évident : « Quand on parle école, on parle aussi hôpital, tous les services publics sont attaqués par le gouvernement. Et puis ça nous paraît normal de venir soutenir des citoyens en formation qui seront peut-être nos collègues de demain. »
Côté enseignants, la grève reste timide, mais l’ambiance a changé. « Le taux de grévistes des enseignants du second degré est au ras des pâquerettes, reconnaît un professeur d’anglais syndiqué à Sud Éduc. Mais tous les collègues, même ceux qui ne se mobilisent pas d’habitude, sont choqués par l’ampleur de la répression. Tout le monde en parle en salle des profs. » D’où une décision prise avec la CGT et la FSU : « On a décidé de faire un cordon d’adultes pour protéger les élèves le temps de la manifestation déclarée. Mardi déjà, on a été beaucoup à s’interposer en cas de violences policières. »
Le gouvernement promet des réponses… fin octobre
Au niveau national, le mouvement ne faiblit pas. Mardi 6 octobre, le ministère de l’Intérieur recensait 891 lycées perturbés. Le lendemain, le même ministère faisait état de 6 629 interpellations depuis le début du mouvement, de 761 policiers et gendarmes blessés, ainsi que de 215 élèves et 89 personnels et enseignants blessés. Un adolescent a eu la main arrachée à Lens, un jeune homme a été éborgné à Tours.
Dans une allocution mercredi soir, Sébastien Lecornu a revendiqué 40 000 contributions sur la plateforme de consultation ouverte aux lycéens, et renvoyé les premières décisions à la fin du mois d’octobre. La plateforme reste ouverte jusqu’au 23 octobre. « On l’a vu avec les cahiers de doléances des gilets jaunes, ça ne sert à rien », réagissait ce matin Elie, un lycéen de Joffre. « On nous a aussi promis des demi-journées de démocratie interne dans les établissements, mais là encore, on n’en a pas besoin, nos revendications sont nationales.» Des temps que beaucoup de lycéens mobilisés appellent d’ore et déjà à boycotter.
Devant les députés, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a écarté la suppression de Parcoursup, l’une des revendications phares du mouvement. L’opinion, elle, penche plutôt du côté des jeunes : selon un sondage Elabe pour BFMTV, 55 % des Français approuvent la mobilisation et 72 % jugent ses revendications légitimes.
La Comédie à nouveau noyée sous les gaz
LYCÉENS À MONTPELLIER : LA COMÉDIE À NOUVEAU SOUS LES GAZ Après une charge et une interpellation à la base du passage bruyas, les gendarmes mobiles ont coupé le rassemblement sauvage de centaines de lycéen-nes en deux et abondamment gazé la Comédie après des jets de projectiles https://t.co/DdMjp4LDaa
— Le Poing – Montpellier (@lepoinginfo) October 8, 2026
Même scénario que mardi 6 octobre, avec d’autres acteurs : les gendarmes mobiles ont pris le relais des CRS. À la fin de la manifestation déclarée, des centaines de jeunes se retrouvent sur la place de la Comédie. Après un moment de flottement, les gendarmes mobiles font usage de gaz lacrymogène et coupent le cortège en deux groupes, de part et d’autre de la place. On compte au moins deux interpellations, dont celle d’un très jeune mineur près de l’arrêt de tramway Comédie. Un rassemblement de soutien devant le commissariat central a été appelé spontanément après la manifestation.
De son côté, la FSU, principal syndicat enseignant, appelle à une journée de grève mardi 13 octobre.
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