Le Printemps des comédiens épinglé par la Chambre régionale des comptes
La juridiction financière a rendu public un rapport sévère sur la gestion de l’association qui organise chaque année le festival de théâtre au Domaine d’O. Entre finances dégradées, gouvernance défaillante et dépenses insuffisamment justifiées, le tableau dressé par les magistrats est préoccupant. L’association conteste une partie des conclusions
Créée en 1987 par le Conseil départemental de l’Hérault, l’association Le Printemps des comédiens organise chaque juin un festival de théâtre au Domaine d’O qui accueille en moyenne 30 000 spectateurs. C’est sur cette structure, financée à 65 % par des fonds publics (Métropole de Montpellier, État, Région, Département) que la Chambre régionale des comptes Occitanie a posé un regard particulièrement critique, dans un rapport couvrant les exercices 2019 à 2024. Dans sa réponse, l’association juge ce contrôle « surprenant » au moment même où sa dissolution était engagée.
Des finances dans le rouge malgré des subventions croissantes
Sur la période contrôlée, l’association a bénéficié de 12,8 millions d’euros de subventions publiques, tandis que son budget gonflait de 2,8 à 4,7 millions d’euros. Mais cette croissance s’est accompagnée d’une dégradation continue de la situation financière. Les charges de structure ont doublé entre 2019 et 2023, passant de 1,7 à 3,1 millions d’euros, tandis que le budget artistique régressait de 40 % à 31 % des dépenses totales, et que les recettes de billetterie baissaient.
L’association conteste sur ce point les conclusions de la Chambre. Elle soutient que les dépenses liées aux tournées, à la formation continue, ou à la Fête de la Musique constituent des charges artistiques et non des charges de fonctionnement, et présente des tableaux corrigés montrant une marge artistique en progression sur le second cycle triennal. Elle défend par ailleurs sa logique financière fondée sur des cycles de trois ans : deux premières années de « prise de risque », la troisième visant l’équilibre. Une approche que ses partenaires publics n’ont, selon elle, jamais remise en cause.
Trois procédures d’alerte en quelques années
Dès 2023, la situation est qualifiée par les magistrats de « compromise », avec un fonds de roulement devenu négatif et une trésorerie dans le rouge. Le commissaire aux comptes a déclenché trois procédures d’alerte sur la période. Pour faire face, l’association a eu recours à des cessions de créances dites « Dailly », engageant par anticipation des subventions pas encore notifiées.
Sur ce point, l’association répond que ces décisions ont été prises avec l’accord du conseil d’administration et qu’elles visaient à ne pas fragiliser les nouvelles activités développées, notamment la cellule de production avec les spectacles Bérénice et Persona. Ces deux cessions ont depuis été intégralement remboursées, et l’association clôture son existence avec un résultat net positif de 143 000 euros. En octobre 2024, la Métropole a accordé une subvention exceptionnelle de 415 000 euros, qualifiée après coup d’avance sur les futures contributions à l’EPCC (établissement public de coopération culturelle) nouvellement créé, réduisant d’autant les ressources de ce dernier.
Une gouvernance aux abonnés absents
Au-delà des finances, la Chambre pointe de sérieux dysfonctionnements de gouvernance. Le directeur salarié a exercé de larges pouvoirs sans délégation formelle du conseil d’administration : signature de ruptures conventionnelles pour un total de 143 000 euros, recours à des cessions de créance sans consultation préalable des instances, utilisation de cartes bancaires sans encadrement ni contrôle. Les instances dirigeantes, où siègent pourtant Département et Métropole, n’ont pas exercé les prérogatives que leurs confèrent les statuts.
L’association rétorque que les échanges entre le directeur et les membres du conseil d’administration étaient réguliers et documentés, et que les documents statutairement requis (budget prévisionnel, rapport financier, comptes annuels, rapport du commissaire aux comptes) ont toujours été produits et transmis aux organes délibérants sans qu’aucune irrégularité ne soit soulevée à l’époque par les financeurs publics ni par le commissaire aux comptes.
Des prestataires à deux millions d’euros
Parallèlement, le directeur a externalisé une partie substantielle de ses propres missions auprès de prestataires privés : administration générale, gestion financière et programmation artistique ont ainsi été confiées à des sociétés extérieures pour un coût cumulé d’environ 2 millions d’euros sur la période, soit plus du double de ce qu’aurait coûté le recrutement de salariés permanents.
L’association justifie ce choix par le contexte d’incertitude lié au projet de fusion : maintenir une structure « légère » permettait de ne pas alourdir le passif avant le transfert vers l’EPCC. Elle précise que le recours à un conseiller artistique extérieur répondait à la montée en puissance de l’activité internationale du festival, et que cette pratique est courante dans le monde du spectacle vivant.
Une fusion sans cesse repoussée
Ce contexte a pesé sur le projet de fusion entre l’association et l’EPIC du Domaine d’O au sein d’un nouvel établissement public de coopération culturelle, la Cité européenne du théâtre. Plusieurs fois reportée, cette fusion n’est toujours pas achevée au moment où le rapport est arrêté : les comptes 2024 de l’association ne sont pas clôturés et la structure n’est pas liquidée. La Métropole a indiqué avoir engagé une procédure pour mettre fin aux fonctions du directeur.
L’association, pour sa part, regrette que la Chambre n’ait pas étendu son contrôle à la gestion et à la liquidation de l’EPIC du Domaine d’O, avec lequel ses relations étaient étroites. Elle souligne que les reports successifs de la fusion, décidés par la Métropole, ont gravement nui à son pilotage et à la concrétisation de son projet culturel. Le bilan de liquidation transmis à la Chambre fait état d’un solde positif de 143 000 euros, d’une cession gracieuse de matériel scénique évalué à 320 000 euros à l’EPCC, et du transfert de la marque Printemps des comédiens ainsi que d’un fichier de 30 000 noms de spectateurs.
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