Lycées et fac bloqués, manif sauvage, anti-répression : nouvelle journée de lutte pour la jeunesse montpelliéraine

Julien Servent Publié le 5 octobre 2026 à 22:05

Ce lundi 5 octobre, plusieurs lycées de Montpellier et de l’Hérault étaient encore bloqués, comme l’université Paul Valéry. Une AG de plusieurs centaines de personnes a voté le blocage en fac de science toute la semaine. En fin de journée une vingtaine de personnes se sont retrouvées devant la préfecture pour protester contre la répression des jeunes. Alors qu’une journée de grève interpro doit appuyer les lycéen-nes ce mardi 6 octobre.

La mobilisation de la jeunesse s’étend. Ce lundi 5 octobre, les lycées montpelliérains Jules Guesde, Jean Monnet, Joffre et Clémenceau étaient bloqués. À Béziers, plusieurs centaines de lycéen-nes sont parti-es de Jean Moulin, pour une manifestation qui a duré toute la journée, avec affrontements sporadiques avec les forces de l’ordre et arrestations. Un rassemblement a eu lieu devant le lycée Jean Jaurès à Saint-Clément de Rivière. Le lycée Paul Valéry à Sète était aussi bloqué. Depuis Clémenceau, une manif qui a rassemblé quelques centaines de lycéen-nes s’est dirigée vers le rectorat de Montpellier autour de midi.

L’université Paul Valéry a été bloquée, comme les 1er et 2 octobre, même si la présidence a très tôt dans la mâtinée annoncé la suspension des cours. Une assemblée générale s’est tenu en début d’après-midi sur le campus de la fac de science, réunissant plusieurs centaines de personnes. Laquelle a décidé de rejoindre le mouvement en bloquant l’établissement toute la semaine (infos fraîches sur le compte instagram du comité de mobilisation de l’UM). Paul Valéry devrait aussi être bloquée toute la semaine.

La préfecture de l’Hérault a ordonné la fermeture des lycées Paul-Valéry et de la Mer à Sète ce mardi 6 octobre. Autres lycées fermés demain sur Montpellier : Jules Guesde, Mermoz, Léonard de Vinci, Jules Ferry, Pompidou.

Ce mardi 6 octobre, parent-es d’élèves, syndicats de salarié-es, ou encore de paysan-nes comme la Confédération Paysanne, appellent à se rendre devant les lycées pour soutenir le mouvement. Deux grandes manifs sont prévues. Une à Montpellier, qui partira à 13h du Peyrou. Une autre à Béziers, qui partira à 10h du lycée Jean Moulin.

Une répression inédite contre la jeunesse

En fin d’après-midi, à 18h, une vingtaine de personnes se retrouvaient devant la préfecture à l’appel des syndicats FO de l’éducation. Objectif : demander l’arrêt de la répression et des poursuites judiciaires sur les jeunes mobilisé-es. La préfecture n’a pas accordé d’entrevue aux organisateurs-trices. Sabine Reynaud, institutrice syndiquée FO, présente le 1er octobre devant le lycée Mermoz, a donné son témoignage : « J’ai vu à quel point BAC, police municipale et nationale, poursuivaient les lycéen-nes, les gazaient. Alors qu’iels ne veulent nous dire qu’une chose : “on veut étudier”. La présence des adultes est importante et a été salué. Nous n’intervenons pas mais notre présence est importante. » Avant de rendre compte du soutien apporté par les élèves mobilisé-es de Mermoz à la Palestine : « Les jeunes crient “free Palestine” et ils ne se trompent pas. »

Un formateur d’enseignant-es sur Montpellier a pris le relais : « Chaque année il y a des étudiant-es motivé-es qui échouent au concours du Capes pour 0,1 points. Il est donc possible de recruter, l’institution a leurs noms. Le manque de profs n’est pas une fatalité. »

Alban Desoutter, syndicaliste FO dans l’enseignement supérieur, a clôturé les interventions : « Lecornu a écrit une lettre pour vanter sa politique. Mais tout est maintenu, Parcoursup est maintenu, le budget est maintenu, il n’y a rien sur l’isolation des bâtiments, rien qui ne satisfasse les revendications lycéennes. Depuis 15 ans les organisations syndicales tirent la sonnette d’alarme sans succès. Mais nous sommes a un tournant : aujourd’hui il y avait plus de 20 campus bloqué et des AG dans une centaine. Ce qui nous attend demain, ce n’est pas une journée d’action comme une autre, c’est le début d’un processus. Même des organisations non-salariées comme la Confédération Paysanne rejoignent. »

L’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM), groupe d’observateur·ices lié à la Ligue des droits de l’Homme, a publié un communiqué qui recense les « faits préoccupants » relevés pendant les journées du 1er et du 2 octobre. Non port de matricules, utilisation de la police municipale pour un maintien de l’ordre auquel elle n’est pas habilitée, fouilles et photographies de médics mobilisé-es pour prodiguer d’éventuels premiers soins par la police : les écarts sont nombreux.

D’après l’OLM, une lycéenne de 17 ans, qui se tenait immobile devant le lycée Clémenceau le vendredi 2 octobre avec d’autres manifestant·es, a été grièvement blessée à l’œil lors d’une charge de la CDI menée sans sommation. Elle souffre de deux fractures au visage. Le compte Instagram suivant demande d’ailleurs des vidéos ou images d’une jeune fille se faisant matraquer au visage pendant ce blocus.

Le journaliste indépendant Ricardo Parreira a encore publié une photo prise ce lundi 5 octobre devant le lycée Jules Guesde, montrant des agent-es de la police municipale muni-es de casques et boucliers.

La répression se déchaine dans tout le pays. Lundi 28 septembre, à Saint-Ouen, un jeune de 14 ans qui venait de donner un coup de pied à un policier après que celui-ci l’ait matraqué assis était grièvement blessé au visage par une cartouche lacrymogène, en tir tendu, pratique interdite en maintien de l’ordre, à quelques mètres de distance à peine. À Tours, un lycéen a été éborgné le 30 septembre par un tir de LBD lors d’un blocus. À Lens, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade explosive de la police dans la mâtinée de ce lundi 5 octobre.

Plus de 5000 personnes, en grande majorité mineures, avaient été interpellées en lien avec le mouvement entre lundi 28 septembre et vendredi 2 octobre. À titre de comparaison, le record sur une journée pour les gilets jaunes avait été de près de 2000 interpellé-es le 8 décembre 2018, alors qu’un hélicoptère avait été prévu pour une éventuelle évacuation d’Emmanuel Macron de l’Élysée. Ce lundi 5 octobre, 984 nouvelles interpellations en France. Selon le ministère de la Justice, 1 802 personnes font l’objet de poursuites : 319 majeurs et 1 483 mineur-es. 1 376 mesures alternatives aux poursuites ont été mises en œuvre : avertissements pénaux probatoires, mesures de réparation pénale, interdictions de paraître, travaux non rémunérés ou classements sous condition.

À Montpellier, ce sont 44 mesures de gardes à vue dont 38 concernant des mineurs et 6 concernant des majeurs , et 30 déferrements au parquet du tribunal judiciaire de personnes majeures et mineures, qui ont eu lieu depuis le lundi 28 septembre.

Retrouvez demain notre fil d’info en direct sur le site pour suivre la journée de mobilisation du 6 octobre

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