Montpellier : 4 000 personnes manifestent contre la loi “permis de tuer”
Environ 4 000 manifestants ont défilé ce dimanche 20 septembre à Montpellier contre la proposition de loi accordant aux policiers et aux gendarmes une présomption d’usage légitime de leur arme. Une mobilisation appelée dans une centaine de villes, à quelques semaines de l’examen du texte au Sénat
Ils sont environ 4 000 ce dimanche après-midi dans les rues de Montpellier contre le « permis de tuer ». La marche répond à l’appel national lancé par le collectif Stop aux violences d’État (SAVE), le Comité Vérité pour Adama, la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International France, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France et Flagrant Déni.
"Zyed, Bouna, et Adama, on n’oublie pas, on pardonne pas !" À Montpellier, plusieurs milliers de personnes manifestent contre la loi "permis de tuer" https://t.co/IQ0XVdVxeR
— Le Poing – Montpellier (@lepoinginfo) September 20, 2026
En cause, la proposition de loi du député LR Éric Pauget, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 juillet par 313 voix contre 199, avec le soutien du gouvernement. Le texte prévoit que les policiers et gendarmes qui font usage de leur arme sont présumés avoir agi dans un cas autorisé par la loi. La présomption est simple, donc théoriquement renversable, mais elle déplace la charge de la preuve du côté des victimes et de leurs proches. L’idée a de la bouteille : une proposition du même ordre avait été déposée en 2007 par Jean-Marie Le Pen. Quant à la pétition contre le texte, ses 730 000 signatures n’auront pas suffi à obtenir un débat à l’Assemblée.
Livia Jampy, militante de La France insoumise et élue d’opposition au conseil municipal, aligne les chiffres au micro : « En 2024, 54 personnes sont mortes après une intervention de la police, dont 24 par balle. Ils étaient 50 en 2023. » Depuis la loi de 2017 sur l’usage des armes, le nombre de morts aux mains de la police aurait selon elle été multiplié par cinq. « Ce sera désormais aux familles endeuillées d’avoir le courage de faire les démarches pour prouver » que le tir était illégal, poursuit-elle, avant de résumer : « Jean-Marie Le Pen en rêvait, la macronie l’a fait. » Et d’y voir « une justice à deux vitesses, une pour ceux qui tirent, l’autre pour ceux qui meurent ».
Cette loi de 2017, portée par Bernard Cazeneuve et qui a élargi les possibilités de tir en cas de refus d’obtempérer, personne n’a oublié d’où elle venait. Florianne, militante au syndicat étudiant Le Poing Levé, le rappelle aux nouveaux venus du cortège : « Le Parti socialiste a signé l’appel à manifester aujourd’hui, mais cette loi a été rendue possible par des années de gouvernement PS. »
La marche déborde vite le seul cadre hexagonal. « S’il y a bien un pays qui a légalisé le permis de tuer, c’est Israël », lance l’un des organisateurs. Ibtissame, porte-parole de BDS (Boycott désinvestissements sanction, campagne internationale et non-violente de soutien au peuple palestinien), file la comparaison : « L’islamophobie et le racisme de la police, on connaît depuis longtemps. Ceux qui subiront le plus ces lois, ce sont les gens des quartiers populaires, les personnes racisées, les musulmans. » Et de conclure : « De Gaza à Montpellier, nous refusons la même déshumanisation. »
Le texte doit être examiné par le Sénat en octobre.
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