Pesticides, guerre de l’eau : à Montpellier, la dure équation d’une agriculture sociale et écolo

Julien Servent Publié le 25 juillet 2026 à 06:29

50 personnes manifestaient le 20 juillet contre la loi Duplomb 2 à Montpellier. Le texte, adopté, réintroduit des pesticides interdits, et vise à faciliter le stockage d’eau pour l’irrigation. Les débats qu’il soulève mettent le doigt sur un nœud de considérations écologiques et sociales. Comment se diriger vers un modèle écologique et respectueux des producteurs-trices ?

« Nourrir, pas détruire », « Don’t break my earth », ou encore « Biodiversité en sursis, agissons » : c’est avec drapeaux et pancartes que les opposant-es à la loi d’urgence agricole se sont fait-es entendre ce lundi 20 juillet en fin de journée sur l’Esplanade de Montpellier.

50 personnes, de différentes associations et organisations syndicales , politiques et écologistes, comme la Ligue de Protection des Oiseaux, Greenpeace, Cause Commune, ou encore la Confédération Paysanne.

Quand l’environnement a Duplomb dans l’aile

« Je fait de la culture bio, et je me retrouve avec tellement peu de moyens que je ne peut pas en acheter. On travaille dans des conditions très difficiles, beaucoup de collègues sont malades avec insolations et vomissements. », a témoigné une agricultrice de la Confédération Paysanne du Gard. « À Pont d’Hérault il y a une interdiction de consommer l’eau potable et la mairie distribue de l’eau en bouteille a cause de produits toxiques dans l’eau […] Vous devez vous approprier la question de l’eau »

Depuis le 17 juillet, 500 habitant-es sont concerné-es  « Sur ce secteur, la présence d’arsenic est d’origine naturelle, liée aux caractéristiques géologiques du secteur, et ne résulte pas d’une pollution accidentelle. Les conditions hydrologiques actuelles (faible débit et sécheresse) semblent favoriser une légère augmentation de cette concentration naturelle.», précise la mairie de Saint-André-de-Majencoules dans un communiqué publié le lundi 20 juillet.

Les opposant-es à la loi Duplomb 2 avancent que le doublement prévu des objectifs de stockage d’eau à usage agricole à l’horizon 2035 via des méga-bassines, retenues de substitution ou retenues collinaires, y compris dans des zones humides sensibles en terme de biodiversité, pourrait affecter le débit des cours d’eau, par des prélèvements dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau. Lundi 13 juillet, VigiEau recensait 98 départements placés sous surveillance en lien avec la sécheresse et pouvant faire l’objet de restrictions en eau.

« Faut plus faire que du bio », est intervenu un vigneron, alors que le texte prévoit la réintroduction de deux pesticides interdits, l’acétamipride et le flupyradifurone, sous conditions, dans des filières qui en expriment le besoin comme la betterave, la noix ou encore la noisette.

La loi a suscité l’opposition d’associations écologistes, de scientifiques, de l’Ordre des médecins, des opérateurs publics d’alimentation en eau potable.

Ce que contient le texte

A propos des projets de stockage de l’eau, le texte prévoit également un allègement des compensations en cas de projet en zone humide déjà altérées, et supprime l’obligation de réunions publiques pour leur autorisation environnementale.

Les institutions de gouvernance de l’eau auront un plus grand taux de représentant-es de syndicats agricoles, au détriment de représentant-es de l’État. La tutelle des agences de l’eau, jusqu’ici assurée par le seul ministère de la Transition Écologique, sera étendue aux ministères de l’Agriculture, de l’Économie, de la Santé et de l’Aménagement du territoire.

Le nombre de captages d’eau protégés diminue, et la redevance pour pollution diffuse, une taxe appliquée à l’achat de pesticides et reversée aux agences de l’eau, se voit supprimée.

Les contraintes administratives lors de travaux de construction ou de modernisation de bâtiments dédiés à l’élevage sont allégées, ce qui pour la gauche favoriserait les élevages intensifs.

Le texte supprime l’autorisation requise pour effectuer des tirs de défense lors d’attaques de loups sur des troupeaux, et augmente les quotas de loups tuables.

Les cantines publiques seront obligées de se fournir dans l’UE, et l’affichage de l’origine des viandes sur les produits transformés distribués en supermarchés est rendue obligatoire.

Le code pénal prévoira aussi une circonstance aggravante en cas de vols ou dégradations sur les lieux d’activité agricoles. Dont les sabotages de méga bassines réalisés pendant les mouvements qui s’y opposent.

Les “tunnels de prix” (un prix plancher et un plafond dans le cadre d’une négociation commerciale) testés dans la filière bovine sont prolongés.

La gauche contre, le droite pour, le centre mitigé

Les député-es de droite ont tous-tes voté pour le texte, et celleux de gauche contre, sauf deux abstentions socialistes. Les centristes ont été partagé-es, avec 102 voix pour, 33 contre et 37 abstention (résultats détaillés ici)

Monique Barbut, la ministre de la Transition Écologique, se dit elle-même contre un texte qui a été vidé de ses contreparties écologiques lors d’un premier passage au Sénat début juillet. « Sur le stockage de l’eau, des dispositions disent que lorsque vous avez un endroit sous restriction, les agriculteurs-trices n’y sont soumis-es que si on leur a donné des capacités de stockage qui compensent ces restrictions. Ce n’est pas possible, on ne va pas couper l’eau au robinet. », déclarait-elle a Ici Roussillon ce mardi 21 juillet, aussi opposée à la réintroduction des deux pesticides concernés.

Des député-es insoumis et écologistes ont saisi, vendredi 24 juillet, le Conseil constitutionnel, espérant une nouvelle censure de certains articles.

La Confédération Paysanne et le Modef opposés à la loi…

“Développer le stockage de l’eau dans un contexte de raréfaction de la ressource, c’est accroitre son accaparement par une minorité, alors que les autres usagers-ères, notamment les maraichers-ères, subissent les restrictions d’usage provoquées par l’abaissement précoce des nappes.”, communiquait la Confédération Paysanne le 2 juillet. “L’urgence est à la priorisation et au partage des usages de l’eau afin d’assurer les besoins vitaux.” Le syndicat dénonce aussi les effets néfastes des pesticides sur la santé des agriculteurs-trices, et de “fausses réponses aux difficultés de l’élevage”, à propos de la levée des contraintes sur l’agrandissement des bâtiments. Une mesure décrite comme ne concernant qu’une minorité d’éleveurs-euses. Pour finir : “La rémunération des paysan·nes devrait être l’enjeu central de cette loi d’urgence. [..] Elle n’apporte pas de garanties […] sur les prix, le partage de la valeur, la régulation des volumes, la planification des productions et la protection des paysan·nes face aux concurrences déloyales qui s’exercent à travers la dérégulation des marchés.”

Le Mouvement de Défense des Exploitant-es Familiaux (Modef), exprimait quant à lui dès le 29 juin, après une première réécriture du texte par le Sénat, sa désapprobation : “La question du partage de la valeur devrait être une priorité absolue de ce texte. Les sénateurs-trices ont préféré réintroduire le tunnel de prix. Les deux lois EGALIM sont un échec de la politique gouvernementale car le revenu paysan n’a pas été valorisé et les profits de l’industrie et de la distribution ont continué d’augmenter. Le MODEF se bat depuis plusieurs décennies pour des prix minimums « planchers » garantis par l’État.”

Avant de prendre également position contre la réintroduction des deux pesticides, et contre “la fragilisation de la protection de l’eau”, exigeant “une autre loi d’urgence” au plus vite.

Coordination Rurale et FNSEA plus enthousiastes

La Coordination Rurale, au niveau national, saluait ce mardi 21 juillet un texte qui « permet de débloquer des dossiers essentiels dans un contexte marqué par la sécheresse, la hausse des charges, la baisse des revenus et les difficultés de renouvellement des générations. […] » La Coordination Rurale de l’Occitanie communiquait le 8 juillet une série de revendications sous l’intitulé « L’Occitanie brûle : l’état d’urgence agricole » : entre autres, « une véritable politique nationale de l’eau » et « un plan massif de retenues collinaires ».

Une retenue collinaire est censée ne recueillir que les eaux de ruissellement. Dans les faits certains points de stockage pompent directement dans les cours d’eau et sont appelés ainsi.

La FNSEA, premier syndicat de France, a salué dans un communiqué « un tournant majeur » avec l’adoption du texte. Franck Sander, le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves, une association spécialisée de la FNSEA, a jugé que la réautorisation « ciblée et encadrée » de l’usage du flupyradifurone « est une condition indispensable de [la] compétitivité [du secteur] quand tous les voyants sont au rouge ».

Denis Carretier, président de la Chambre Régionale d’agriculture d’Occitanie et viticulteur à Olonzac-Minervois, dans l’Hérault, a exprimé son soutien à la loi. Il déclarait à Ici Occitanie, le 20 juillet : « Je ne parle pas de mégabassines ni de pomper les nappes phréatiques, mais nous pourrions récupérer le surplus d’eau que nous avons lors des périodes d’inondations dans des petits bassins qui nous serviront après à recharger les petits cours d’eau et affluents »

Un nouvel épisode de la guerre de l’eau

Les luttes de ces dernières années contre les projets de méga-bassines du Poitou et l’accaparement de la ressource en eau ont illustré ce qu’on appelle la guerre de l’eau. Nous avions publié notre 37ème numéro papier sur le sujet en septembre 2023, toujours dispo à la vente ici. Côté syndicats agricoles, seuls la Confédération Paysanne et le Modef ont pris part au mouvement de protestation, la FNSEA et la Coordination Rurale soutenant le projet au niveau national.

Mais les positions ne sont pas si nettes que l’on pense. Si la CR appelait à la veille d’une nouvelle mobilisation anti-bassines d’ampleur, en juillet 2024, à un contre-rassemblement basé sur le principe de la défense des outils de travail des agriculteurs-trices face aux sabotages et autres « désarmements » pratiqués par certain-es militant-es antibassines (et des membres de la Confédération Paysanne elle-même participaient déjà aux côtés de la FNSEA et de la CR à un rassemblement analogue, en moins martial, également appelé comme une « action de défense de nos outils de travail », les 26 et 27 mars 2022 à Cramchaban), des syndicats locaux rejettent le principe des bassines.

Le 9 août 2025, quelques jours après un premier débat entre trois membres de la CR 34 et le député écologiste Jean Louis Roumégas à Montpellier, des militant-es du même parti politique organisaient une réunion de travail commune avec le syndicat à Prades le Lez. Parmi les points d’accord formalisés par un communiqué, un « rejet commun des méga-bassines pompant les nappes profondes au bénéfice d’une minorité”. À l’été 2024 déjà, alors que Le Poing sondait dans un article l’explosion numérique de la CR34 après la révolte agricole de l’hiver 2023-2024, des membres du syndicat nous confiaient leurs réticences envers les méga-bassines.

Quand l’irrigation consomme 61% des ressources en eau de la France, ça se produit dans 3,5% du territoire.”, déclarait le 15 juillet 2026 Agnès Ducharne, hydrologue et directrice de recherche au CNRS dans l’émission 28 minutes d’Arte. “Et dans ces territoires, la pression sur la ressource est énorme. Et si on fait les calculs correctement, on réalise que les prélèvements en eau qui sont faits par l’irrigation dans les territoires irrigués, ça représente des volumes supérieurs à la recharge des nappes, et de beaucoup. Ce qui explique partiellement les sécheresses de ces territoires. C’est à dire que l’irrigation intensive en tout cas, celle qui vise à irriguer notamment le maïs, contribue aux sécheresses. C’est l’histoire du cercle vicieux et des irriguant-es qui coupent la branche sur laquelle iels sont assis-es”.

Et la chercheuse de conseiller une réflexion sur l’arrêt des cultures de maïs, particulièrement gourmande en eau, et dont une part importante est destinée à l’export. Sur la campagne 2025-2026, FranceAgriMer comptait fin février 2026, 3,7 millions de tonnes exportées de maïs, soit une progression de 40% sur un an.

La guerre de l’eau n’a pas commencé avec les méga-bassines. Et certains projets divisent même la gauche paysanne (Confédération Paysanne et Modef). Ce fut le cas du barrage de Sivens dans le Tarn, projet visant à créer une retenue d’eau destinée à 60% à l’irrigation agricole, abandonné en décembre 2015, après que le jeune opposant Rémi Fraisse ait été tué le 26 octobre 2014 par une grenade offensive de la police. Le barrage était contesté par des associations et organisations écologistes qui mettaient en avant la menace pesant sur une zone humide et sa biodiversité.

Le Modef expliquait alors s’être « toujours battu pour une politique de création de retenues d’eau. Retenir l’eau l’hiver pour pouvoir l’utiliser en période sèche relève du bon sens, si l’irrigation est raisonnée et raisonnable. L’irrigation doit être vue comme moyen de sécuriser la production et non comme moyen de sur-intensification. La vallée du Tescou dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne est la zone la plus sensible à la sécheresse et l’agriculture du secteur est diversifiée. » À l’inverse, la Confédération Paysanne, engagée dans la lutte anti-barrage, décrivait un projet servant à « financer l’irrigation massive de maïs, au détriment de fermes en agriculture paysanne et de la zone humide du Testet »..

Atteintes du système nerveux ou cancer du travail ?

Présent dans le public du débat montpelliérain CR-Écologistes du 28 juillet 2025, Charles Morin, ancien viticulteur de Lavérune, en fauteuil roulant suite à des  troubles neurologiques reconnus comme maladie professionnelle, après avoir été exposé à l’arsenic et désormais dans un fauteuil roulant. L’homme informe depuis les exploitant-es agricoles des danger via l’association Phyto-Victimes.

Un extrait de ses propos, retranscrits deux jours après le débat par Cédric Nithard du Métropolitain : « Je suis un amoureux de l’agriculture et je suis malade d’une passion. J’ai utilisé un produit, l’arsenic, interdit depuis 1973 en France mais par dérogation autorisé dans l’agriculture parce qu’on avait aucun produit pour le remplacer. » [NDLR : soit exactement la possibilité introduite par la loi d’urgence agricole tout juste adoptée avec l’acétamipride et le flupyradifurone] Puis, plus loin : « Et qu’on ne me dise pas que je ne me suis pas protégé. On se protégeait avec ce qu’il y avait à l’époque et ce n’est pas mieux aujourd’hui ».

Fin juin 2026, les responsables de 15 sociétés savantes, de 11 associations de patient-es et d’institutions comme la fondation ARC ou l’Ordre des Médecins publiaient une tribune dans Le Monde. “L’acétamipride et le flupyradifurone ciblent les mécanismes de transmission de l’information entre les cellules nerveuses”, pouvait-on y lire.

Tous ne sont pas liés à l’usage de pesticides. Mais d’après Santé Publique France, le 21 mars 2025, le nombre de cancer avait été multiplié par deux en 30 ans dans le pays. Et ces maladies représentent la première cause de décès chez l’homme, et la seconde chez la femme.

« On nous a interdit le seul produit qui marche »

J’ai travaillé toute ma vie depuis que je suis petit, sans compter mes heures. Maintenant je touche 790 euros de retraite. Vous pensez que je me repose ? », nous confiait Jacques, arboriculteur retraité, non syndiqué, à Lodève lors d’un rassemblement d’agriculteurs-trices en colère le 1er février 2024. « Non, je continue à travailler. J’ai pas envie de vivre n’importe comment. Je vais devoir arracher mes cerisiers, on nous a interdit le seul produit qui marche contre la mouche des cerisiers.” Les pesticides permettent à certains de rehausser leurs revenus, via l’augmentation des rendements, et de réduire leur temps de travail.

La détresse sociale d’une grande partie du monde agricole

Selon l’INSEE, le revenu agricole moyen était en 2021 de 1 910 euros par mois. Avec d’énormes disparités. 15% d’entre elleux déclaraient un revenu nul ou déficitaire. Cette part était particulièrement élevée dans la production d’ovins, caprins, équidés et autres animaux (28,3 %), ainsi que dans l’arboriculture (20,6 %), à qui s’adresse la réintroduction des deux pesticides concernés par la loi d’urgence agricole.

« 40% sont des entreprises agricoles et font partie des franges économiques de la bourgeoisie et l’élite agricole, viticole, appartient aux cercles de la grande bourgeoisie. Mais il y a aussi toute une partie à revenus faibles, voire très faibles, malgré un patrimoine qui les distingue des ouvriers-èvres, dont ils sont proches culturellement », expliquait au Monde Gilles Laferte, de l’Inrae, en février 2024. Ce dernier parle de « classe populaire à patrimoine ». Selon l’INSEE, le taux de pauvreté des personnes vivant dans un ménage agricole atteignait 16,2 %, contre 14,4 % pour l’ensemble de la population.

Selon le « Portrait des professions en 2022 », publié par l’INSEE le 29 avril 2024, les agriculteurs-trices travaillaient en moyenne plus de 54 heures par semaine. La moitié d’entre eux-elles déclaraient travailler le soir, 1 sur 5 de nuit, et près de 9 sur 10 le week-end.

La fin des pesticides, possible…

Après des années de ralentissement, le marché du bio reprend tout juste du poil de la bête, et ne représente aujourd’hui que 6,5% des parts du marché alimentaire. Si les prix proposés sont en bout de chaine trop hauts pour les consommateurs-trices, ou que de trop nombreux facteurs d’inquiétude pèsent sur leurs dépenses, ils achètent moins cher, certains producteurs-trices en bio ne vendent plus, aux prix du bio en tout cas, les coûts de production deviennent intenables.

Ces dernières années on a vu une vague de déconversion, de retours contraints à l’agriculture conventionnelle. Qui ne correspond pas forcément à un manque de bonne volonté des producteurs-trices. Celleux-ci se retrouvent pris en étau entre la réalité matérielle, parfois leurs propres convictions, et les exigences toujours croissantes de la société en matière d’écologie. Et singulièrement d’un mouvement écologiste qui n’a pas produit massivement de services d’aide bénévole aux producteurs-trices en difficulté, tant la population tient, à raison, à son temps de loisir, à sa vie sociale, à sa vie de famille, à ses 35 heures, à ses week-ends, à ses vacances. Est-on condamné-es à vivre avec des pesticides ?

Le 19 février 2026, l’Inrae publiait les résultats d’une expérimentation étalée sur dix ans.

Rés0pest, mis en place en 2012, s’est appuyé sur 9 systèmes de culture originaux répartis dans toute la France, sans utilisation de pesticides, mais avec un recours possible au travail du sol, le labour par exemple, et aux engrais de synthèse. Une production qui n’est donc pas bio, une troisième voie.

Différentes techniques ont été essayées pour réduire au maximum l’impact de mauvaises herbes, champignons ou maladies sur les cultures.

Les rendements, supérieurs à ceux en bio, ont été le plus souvent en deçà du conventionnel avec protection chimique, mais parfois équivalents voir supérieurs.

Sur 4 des 9 sites, les performances économiques ont pu être mesurées. Et les résultats sont plutôt encourageants, avec un revenu compris entre un et trois SMIC annuels, calculé à partir du prix moyen de vente observé en conventionnel avec pesticides.

.. mais long et difficile

Il faut néanmoins avoir en tête les limites de l’expérimentation. Ces résultats ne signifient pas que tous les agriculteurs-trices peuvent ici et maintenant adopter ce modèle et en vivre décemment.

L’Inrae déclare que « la gestion des mauvaises herbes reste un défi majeur », ce qui indique la nécessité d’un surplus de travail fourni. Les sites évalués économiquement sont tous en grandes cultures (céréales, pommes de terre, betteraves, pois, tournesol, colza, soja). Le dérèglement climatique va mettre une pression toujours plus forte sur les systèmes agricoles.

Rés0pest est comme un laboratoire. Ensuite, c’est à chaque agriculteur-trice de construire son propre système de culture en fonction de son type de sol et de son matériel. Chaque cas est différent”, déclarait au média La Relève et la Peste Vincent Cellier, ingénieur de recherche Inrae et porteur du projet.

Et rien qu’au vu des données exposées plus haut en terme de revenus et de temps de travail des exploitant-es, on se doute bien que tout le monde n’a pas les moyens d’expérimenter à l’infini.

L’Inrae a aussi noté une augmentation nette de l’ampleur des aléas sur la production sur certaines années : quand un champignon s’installe par exemple malgré les techniques de réduction des risques, il tape plus dur en l’absence de pesticides.

Ajoutons que l’expérience ne permet en rien de préjuger des prix proposés aux consommateurs-trices. Dans un contexte social morose pour les français-es, ces prix sont déterminants dans la capacité d’un marché de la 3ème voie agricole à prendre de l’ampleur. S’ils ne sont pas en adéquation avec les moyens des consommateurs-trices, la généralisation du modèle pourrait échouer, comme pour le bio.

L’Inrae évoque dans son rapport, pour une généralisation du modèle, « des filières de commercialisation adaptées et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes. […] Des politiques publiques adaptées sont nécessaires »

Soutenir les revenus paysans ; stimuler la demande en produits respectueux de l’environnement, par la commande publique (utiliser l’argent public pour acheter des produits bio ou sans pesticides dans les cantines scolaires, mettre en place une Sécurité Sociale de l’Alimentation comme le propose la Confédération Paysanne, ou des régies publiques agricoles) ; sécuriser la prise de risque des agriculteurs-trices modestes et les aléas climatiques et biologiques qui les touchent : le chantier est immense.

Le système FNSEA

La FNSEA, avec 212 000 adhérents-es, sur 400 000 exploitant-es, syndique des exploitant-es de toutes tailles, inséré-es dans les filières agro-alimentaire. Elle est traversée de dynamiques et de courants varié-es à sa base, parfois jusqu’à la tête de certaines de ses fédérations départementales. Le Modef est d’ailleurs historiquement issu de la FNSEA, comme la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne, partiellement pour ces deux dernières.

Elle défend des aides PAC à l’hectare plutôt qu’à l’exploitant-e, ce qui favorise les intérêts des plus gros-ses au détriment de ceux des exploitant-es modestes.

Elle est dirigée par Arnaud Rousseau, exploitant de plus de 700 hectares, président du groupe Avril (Lesieur, Puget), président de Sofiprotéol, organisme de financement du secteur agricole, actif dans l’alimentation des animaux d’élevage, les agrocarburants ou encore la chimie des huiles et protéines végétales. Le cumul de responsabilités d’Arnaud Rousseau, ainsi que la taille de son exploitation, le distinguent fortement de la situation économique de la grande majorité des exploitant-es agricoles. On peut y voir une position plus proche des dirigeant-es de grands groupes agro-industriels que de la plupart des agriculteurs-trices.

Ont été largement documentés les liens historiques entre la FNSEA et le Crédit Agricole, qui aiguille l’innovation et les projets agricoles par le crédit, de même qu’avec une partie de la presse spécialisée.

Des lois d’orientation agricole de Pisani au début des années 60 au rôle joué par le syndicat pendant la révolte agricole de l’hiver 2023-2024 (« Agriculture : derrière les négociations entre la FNSEA et le gouvernement, le maintien d’un modèle de cogestion », titrait Public Sénat le 2 février 2024), en passant par le parcours de François Guillaume, ancien patron de la FNSEA devenu ministre de l’Agriculture de Chirac de 1986 à 1988, elle a une forte influence politique sur le ministère de l’Agriculture depuis des décennies.

En tout ça, et sans préjuger de l’avenir, elle est d’une toute autre nature que la CR. La FNSEA est une organisation sans équivalent en dehors de l’agriculture. Si bien qu’on peut y adhérer sur une logique d’un « il vaut mieux en être ».

Elle a une mainmise importante sur les mouvements sociaux agricoles. « C’est la très grande force de la FNSEA, être capable de digérer des intérêts divergents. », analysait en 2024 Jean-Christophe Bureau, professeur d’économie à AgroParisTech. La FNSEA c’est, pour forcer un peu le trait, la banque, et le mouvement contre la banque, le ministère, et le mouvement contre le ministère, la collusion avec l’industrie agro-alimentaire, et le mouvement contre l’industrie agro-alimentaire.

En 2025, pour la première fois depuis les années 70 pendant lesquelles le Modef la concurrençait sérieusement, son hégémonie aux élections pour les Chambre d’Agriculture, a été ébranlée, par une poussée spectaculaire de la CR, et dans une moindre mesure de la Confédération Paysanne. Elle reste largement en position de force dans le paysage syndical agricole.

Des propositions sur le revenu qui se heurtent au cadre européen

Le 9 avril 2024, lors du Salon de l’Agriculture, Emmanuel Macron, juste après un mouvement d’agriculteurs-trices en colère d’une ampleur historique, annonce l’instauration de prix planchers sur les produits agricoles pour garantir le revenu paysan. L’idée : fixer produit par produit un prix en dessous duquel on ne peut pas descendre lors de l’achat. Il abandonnera le projet à peine la pression retombée.

La FNSEA estime sur le moment la mesure contraire aux lois du commerce dans un marché ouvert : les productions françaises risqueraient de devenir trop chères face à la concurrence. Avec le danger de provoquer une chute des ventes des producteurs-trices français, les acheteurs préférant des produits étrangers. C’est ce qu’il s’est passé en 2015 lors de la crise de la filière porcine : les faibles coûts de production allemands (pas de salaire minimum) avaient eu raison des prix planchers. Plus un produit est échangeable et transportable, moins les prix planchers marchent face au libre-échange. En laissant aux producteurs-trices leurs produits invendables sur les bras, ils peuvent même se montrer contre-productifs.

Comment empêcher les intermédiaires d’aller chercher moins cher dans l’UE ? Le 9 avril 2024, le Modef, la Confédération Paysanne et la CR envoient une lettre ouverte commune à Macron, dans laquelle ils exigent que le président respecte son engagement sur les prix planchers. Tout en revendiquant d’autres outils de régulation des marchés, par la « gestion des volumes, le stockage public, l’encadrement des marges de l’agro-industrie et de la grande distribution ».

« Ces prix minimum devront aussi s’appliquer aux produits importés, pour neutraliser la concurrence déloyale tant sur le plan social qu’environnemental.”, peut-on y lire. Soit la proposition de prix minimum d’entrée portée par la Confédération Paysanne.

Problème : avec un prix minimum d’entrée comme avec des droits de douanes, on se heurte au droit européen, qui garantit la libre circulation des marchandises.

L’application des prix planchers à l’échelle européenne pose elle difficulté sur les prix à fixer, car les coûts de production sont très différents d’un pays à l’autre. L’harmonisation sociale par le haut promise avec “l’Europe des peuples” n’a pas eu lieu.

Surtout, cette mesure nécessiterait pour être adoptée l’accord simultané d’une majorité au Parlement européen, et d’au moins 15 des 27 États membres, représentant au minimum 65 % de la population totale de l’UE. Pas rigoureusement impossible. Mais très improbable.

La vente directe et la création de circuits courts demandent encore du travail en plus. Beaucoup ne peuvent pas se le permettre.

Une classe politique peu disposée à rompre avec les traités européens

Une autre solution serait de rompre avec le libre-échange entre pays européens depuis la France, pour permettre une application efficace de ses prix planchers.

La plupart des grands partis français y semblent réticents. Il n’en a jamais été question ni pour Reconquête, ni pour LR et ses ancêtres, ni pour les centristes. Le RN a eu une phase de 2012 à 2017 pendant laquelle il prônait la sortie de l’Union Européenne et de l’euro. Il n’en reste plus grand-chose. Les représentant-es du RN multiplient maintenant les dîners avec le MEDEF et le grand patronat. S’iels parlent de renégocier les traités européens pour plus de pouvoir aux États, notamment en politique agricole, aucune méthode n’est proposée en cas de blocage.

C’est la France Insoumise qui tient le discours le plus net sur la question. Son programme dit ouvertement vouloir désobéir aux traités européens, sans attendre. En misant sur le poids de la France dans l’UE pour que son pas de côté soit toléré. Et avec un plan B : sortir des traités européens et en renégocier d’autres sur de meilleures bases avec les États intéressés.

Mais la formation politique se retrouve parfois à négocier des alliances avec d’autres partis. Le programme commun du Nouveau Front Populaire a beaucoup édulcoré ce rapport de désobéissance à l’UE. En restaient des mesures effectivement contradictoires avec le droit européen, sans plus aucune mention de la nécessité de désobéir.

Le PCF n’a pas constitué un frein à ce niveau. Mais le Parti Socialiste et les tendances majoritaires chez Les Écologistes, représentées par Yannick Jadot et Marine Tondelier, affichent une europhilie incompatible avec un conflit ouvert avec les cadres de l’UE. La sensibilité représentée par Sandrine Rousseau est plus proche de la FI, puisque la prof d’économie se positionne pour la désobéissance, mais contre le plan B en cas d’échec. Malheureusement, Sandrine Rousseau brille peu par sa capacité à montrer de la bienveillance envers les petit-es et moyen-nes exploitant-es de l’agriculture conventionnelle. Elle appelait explicitement à la répression de la révolte agricole de l’hiver 2023-2024, avant que la Confédération Paysanne ne s’y joigne, sur le tard. En juillet 2025, en plein débat sur la première loi Duplomb, elle assénait un très provocateur « La rentabilité [NDLR : et donc le revenu] des agriculteurs-trices, j’en ai rien à péter ». Position réaffirmée et assumée depuis. Au congrès de 2025 des Écologistes, la liste conduite par Tondelier a obtenait 63 % des sièges au Bureau politique, contre 11% pour celle de Sandrine Rousseau.

Il n’existe pas aujourd’hui de majorité politique identifiée portant un programme cohérent de rupture avec le libre-échange européen.

Les limites des organisations syndicales existantes

Au vu de l’inertie, voir de l’hostilité, des mondes de l’agro-business à grande échelle et de la politique, des avancées significatives sur le revenu paysan ne pourront pas se passer de rapports de force.

La révolte paysanne de l’hiver 2023-2024 a commencé à se durcir à partir du blocage de Carbonne, en dehors des cadres syndicaux. Plus d’un an après, les « ultras de l’A64 », comme ils s’appellent, ont fini par remporter la Chambre d’Agriculture de Haute-Garonne. La presse locale, dont Le Poing, a abondamment documenté ces protestations asyndicales. Les services de renseignement ont même un temps douté de la capacité de la FNSEA à contenir ce mouvement social explosif.

C’est qu’aucune force syndicale concurrente à la FNSEA ne paraît en mesure de représenter l’ensemble des petit-es et moyen-nes de l’agriculture.

La Coordination Rurale a connu une forte vague d’adhésions après l’hiver 2023-2024. Elle est aussi la grande gagnante des dernières élections professionnelles. Elle reste très ouverte aux agriculteurs-trices issu-es de l’agriculture biologique. Et elle a su incarner une colère par ses actions coup de poing, et créer un récit mobilisateur efficace.

Mais de plus en plus de ces cadres, dirigeant-es, et militant-es flirtent avec l’extrême-droite, même si certains épisodes de la lutte récente contre la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire ont montré que les lignes peuvent bouger dans l’autre sens. Sur le sujet on peut lire cet article de Streetpress. Le conflit ouvert qu’elle approfondit avec l’écologie politique n’est pas non plus du goût de tout le monde.

La Confédération Paysanne est divisée en sensibilités assez différentes. Il reste un gros quelque chose du courant paysans-travailleurs des origines, et de l’altermondialisme de combat. D’autres sensibilités à la Conf’ n’ont plus grand-chose à voir avec ça. Le syndicat accueille un certain nombre de candidats à ce que Socialter nomme la « désertion des cadres » [NDLR : vers l’agro-écologie]. Un exemple : le 21 février 2024, cinq agriculteurs-trices de la Confédération Paysanne et une membre de l’Atelier Paysan, une société coopérative française d’autoconstruction de machines agricoles, sont invité-es pour une émission de Lundi Matin, présentée comme un décryptage du mouvement social en cours. Le mouvement en question y est lu, pendant 1h30, en rapport quasi exclusif avec la success story des invité-es, sur laquelle ces derniers-ères s’attardent très longuement. On y relève avant tout qu’on est pas obligé-es de se mettre dans un système agricole qui pousse au suicide, que les revenus et les horaires de travail confortables de nos ex ingénieurs-eures ou journalistes démontrent qu’un autre monde est possible. L’endettement paysan y est analysé exclusivement comme une preuve de bêtise. Avant de conseiller à d’éventuel-les candidat-es au conte de fée agro-écologique de mettre un capital important de côté avant d’emboîter leurs pas, avec un business plan déjà bien rodé.

Tout au plus finit-on par relativiser : les autres, celles et ceux qui sont dans la rue, n’ont pas la même culture, la dureté des conditions de leur condition de travail tient peut être surtout à une accoutumance mentale au labeur. On y fustige les consommateurs-trices qui ne veulent pas mettre 40 centimes de plus dans chaque baguette qu’iels achètent. Le projet : repeupler les campagnes de “gens comme nous”. Sans vision macro économique, cette sensibilité se condamne à terme à exacerber la concurrence entre producteurs-trices bio. Une manière d’être syndicaliste qui n’a plus rien à voir avec un syndicalisme de classe, et qui ne cherche plus à faire semblant.

Après avoir quitté une Coordination Rurale du Tarn-et-Garonne devenue trop politisée, des membres fondateurs-trices du Syndicat des paysans occitans expliquaient à La Dépêche le 8 décembre 2024 ne pas se reconnaître dans une Confédération Paysanne jugée trop libérale. L’évolution récente de José Bové, les doubles casquettes Conf’-Les Écologistes, et pas toujours dans les courants les plus opposés au libre-échange, illustrent bien le hiatus.

À la même période, sur le même mouvement, avec une sensibilité syndicale différente, une conscience des limites de la Confédération Paysanne, un rapport plus équilibré au reste du paysage agricole, Thomas Gibert, alors secrétaire national du syndicat, s’exprimait dans l’émission Au Poste, par ici.

L’identité de la Confédération Paysanne, c’est l’agro-écologie. Ce qui lui donne une voix particulière dans le syndicalisme, et en fait un terrain d’expérimentation intéressant. Mais les chances de voir le syndicat acquérir une majorité chez les petit-es et moyen-nes exploitant-es sont quasi nulles.

Reste le Modef. Ancienne organisation de masse, le syndicat s’est depuis écroulé. Sur le papier, il pourrait avoir de solides arguments pour capter la colère populaire exprimée ces dernières années. Mais aujourd’hui, à l’exception de sa section des Landes et d’une influence forte dans les Outre Mers, il est trop petit pour pouvoir même vérifier l’adéquation profonde de ses aspirations avec le mouvement social, tant il pourrait tout simplement rester coincé dans le cercle vicieux de la grande faiblesse organisationnelle, qui interdit d’être vu, et donc d’agir de manière autonome, et donc d’être vu…

Une adhésion paysanne populaire partielle au libéral-productivisme

Pour toute une partie des classes paysannes modestes, les leviers concrets pour vivre décemment de son travail via des ruptures avec le libre-échange apparaissent comme hasardeux, peu fiables, hors de portée, irréalistes.

Ce tableau détermine une adhésion de petit-es et moyen-nes à une logique d’agrandissement, de recherche de gains de productivité par la levée des contraintes de production, y compris sur les pesticides, portée à son paroxysme par la FNSEA.

Et d’un certain point de vue, c’est un choix rationnel et raisonnable. Le long terme n’a d’importance que pour celles et ceux qui ont de bonnes chances de survivre au court terme.

Retrouver foi dans la force collective

Dans un article intitulé “Du côté des paysans rouges”, publié pour le centenaire du Parti Communiste Français, Pierrick Monnet, ouvrier agricole et membre du comité de rédaction de Cause commune, retrace un siècle de structuration communiste dans le monde agricole français. Celle-ci fut massive des années 30 aux années 70. Et l’histoire méconnue du communisme rural à la française prend complètement à rebours les dogmes soviétiques et staliniens.

L’auteur essaye d’en tirer quelques enseignements pour notre époque, qui paraissent valides et intéressants bien au-delà du PCF, dans “une société où de moins en moins de gens veulent travailler la terre mais où de plus en plus ont des exigences sur la façon dont les autres doivent la travailler.”

Ce sont des professeurs-eures de l’enseignement agricole, des technicien-nes ou des comptables, voire des ingénieurs agronomes qui se sont investi-es dans le positionnement agricole du PCF ces vingt dernières années, avec un enjeu : passer de l’organisation d’une masse de paysan-nes à l’organisation d’une parole sur l’agriculture (prix, PAC, quotas, environnement, retraites).”, constate-t-il. “Aujourd’hui, ce sont les questions agricoles qui sont traitées, et non la manière de rassembler des adhérents-paysans.”

Si une agriculture socialement juste et sans pesticides doit un jour devenir majoritaire, elle ne pourra pas reposer sur la seule bonne volonté des agriculteurs-trices. Elle supposera aussi des revenus décents, une prise en charge collective des risques de la transition et un rapport de force capable d’obtenir ces conditions. De ce point de vue, l’unité du monde des petit-es et moyen-nes paysan-nes peut devenir, à long terme, plus décisive que certains désaccords du moment. Paradoxalement, lutter pour une agriculture sans pesticides, c’est parfois aussi lutter aux côtés de celles et ceux qui défendent aujourd’hui leur droit à en utiliser.

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