Des “sales arabes” à la transphobie: jusqu’où ira le journaliste Jean-Marc Aubert du Métropolitain?
On le savait raciste, le voici transphobe. À la suite d’une sanglante tentative de viol d’une femme transgenre, le journaliste Jean-Marc Aubert a affirmé, dans un article multipliant les erreurs factuelles, que la victime, Mme D., était « en réalité un homme ». En 2022, le Métropolitain jurait au Poing avoir pris « des mesures » à l’encontre de son journaliste, multi-condamné pour diffamation. Visiblement, cela n’a pas suffi.
Le 13 août à Montpellier, une femme transgenre de 21 ans, Mme D., a été victime d’une tentative de viol et d’une agression sexuelle par deux hommes, suivie d’une attaque par arme tranchante. Les violences ont redoublé lorsque les agresseurs ont réalisé qu’elle était une femme trans. Une centaine d’entailles ont été relevées. « Mes agresseurs ont essayé de me couper l’oreille et un doigt. Je suis lacérée au buste, j’ai des hématomes de partout, des lacérations au dos… Tout mon corps est entaillé, j’ai perdu beaucoup de sang » témoigne la victime au Poing.
Un article transphobe du Métropolitain
C’est le mouvement de gauche Cause Commune qui a sonné l’alerte après la publication d’un article du Métropolitain, présenté sur les réseaux sociaux sous ce titre : « Ils découvrent que “la femme” qu’ils veulent violer a un pénis : une transgenre lacérée », et affublé d’un intertitre aberrant : « Un pénis ». Réduction d’une personne à son intimité, négation de son identité par l’usage des guillemets : la transphobie est incontestable.
Dans son récit, Jean-Marc Aubert évoque une victime ayant reçu « 50 points de suture », tout en la décrivant comme « fort heureusement légèrement blessée ». La manière dont il relate le crime transphobe est sidérante : « L’occasion faisant le larron visiblement, croyant qu’il s’agissait d’une femme, ils ont tenté d’abuser d’elle dans cet endroit isolé après avoir engagé une brève conversation, interrompue en découvrant qu’il s’agissait en réalité d’un homme puisqu’ils ont aperçu son sexe, avant de lui porter des coups tranchants, puis en proférant des insultes. » Une formulation glaçante, qui banalise la tentative de viol tout en niant explicitement l’identité de genre de la victime.
L’art d’écrire avec ses pieds
Tout ou presque est faux dans l’article, comme le confirme au Poing la principale intéressée : « C’est marqué que j’ai 22 ans dans la légende de la photo, puis 21 ans… Il dit que l’agression s’arrête à 17h30, alors qu’elle commence en fait à 17h30. C’est suggéré que j’ai été transmise de l’hôpital au commissariat, ce qui est incorrect. La description des individus ne correspond pas à ce que j’ai dit à la police. Personne n’a “aperçu” mon sexe : l’agresseur qui me faisait une clé d’étranglement l’a saisi après avoir glissé sa main sous ma poitrine. Et il n’y a eu aucune “conversation” avec les agresseurs, sauf à considérer que “putain de merde c’est une trans” est une conversation ». Sur le fond, elle dénonce une « fétichisation de [s]a condition de personne trans, et un focus sur [s]on anatomie qui n’est absolument pas la question ».
L’article se conclut enfin par une étonnante digression sur le Verdanson, « rivière longue de plusieurs kilomètres » qui, « outre sa célébrité lors des épisodes pluvieux méditerranéens et ses brusques augmentations de débit, […] réserve bien des surprises lorsque le soleil est au rendez-vous, ce qui arrive relativement souvent à Montpellier : c’est le QG du Street Art ». Une curieuse anecdote à propos du lieu où la victime s’est « vidée de son sang ». On attend avec impatience l’article relatant la qualité du platane sur lequel s’est écrasé toute une famille.
Cerise sur le gâteau : si l’article concède une « agression transphobe » dans sa version actuelle, la première mouture évoquait à la place « deux individus homophobes ? » Choqué, le conjoint de Mme D. appelle Jean-Marc Aubert, qui lui répond ceci : « Ce sont deux individus qui aiment les femmes, et dès lors qu’ils s’aperçoivent qu’elle a un pénis, ils sont contre l’homosexualité, ils sont donc homophobes. » Le journaliste pose alors une question existentielle au conjoint : « La victime était-elle habillée en homme ou en femme ? »
Dans la même veine, Le Poing dénonçait en 2023 le traitement d’un féminicide par Jean-Marc Aubert, présenté comme un « terrible drame de la rupture », au prétexte que l’assassin « n’aurait pas supporté la récente rupture ». Une formulation qui reprend à son compte le récit du meurtrier et le vieux ressort sexiste du « crime passionnel ».
Jean-Marc Aubert, un journaliste raciste
Dès 2017, Le Poing relevait que le Métropolitain avait publié, en dix mois, 19 articles à charge contre les mineurs étrangers. Interrogé sur sa responsabilité morale après l’attaque, par la Ligue du Midi, d’une association venant en aide aux sans-papiers, Jean-Marc Aubert nous avait accusés d’être téléguidés par un responsable politique local, qu’il avait qualifié de « sale arabe ». Il avait alors précisé : « Dire qu’un arabe est sale, c’est-à-dire qu’il ne se lave pas, qu’il sent mauvais, c’est pas raciste. »
En 2018, il assurait le service après-vente d’une action de Génération identitaire, organisation d’extrême droite dissoute en 2021, présentée sous sa plume comme un « mouvement politique de jeunesse qui rassemble des garçons et des filles », sans mention de son idéologie suprémaciste blanche.
En 2022, Jean-Marc Aubert qualifie à nouveau un homme de « sale arabe », cette fois le président de l’association Français Musulmans Rapatriés. Le Métropolitain dénonce alors auprès du Poing des « propos indéfendables », « à l’opposé des valeurs des personnes qui composent la rédaction », et affirme avoir pris « des mesures » à son encontre.
Serial diffamator
En 2019, alors qu’il couvre la mobilisation contre les violences policières après la mort de Steve Maia Caniço, Jean-Marc Aubert reproduit un tract d’Alliance Police nationale qualifiant les manifestants de « sous-êtres humains ». Le syndicat retirera le tract, mais celui-ci est toujours reproduit sur le site du Métropolitain.
En 2020, le journaliste est condamné à six mois de prison avec sursis pour accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données : il s’introduisait sur la plateforme de traitement des alertes des sapeurs-pompiers afin d’y puiser des « scoops ».
La diffamation lui a également valu plusieurs passages devant les tribunaux. Lors d’une nouvelle audience en 2024, la présidente du tribunal rappelle que Jean-Marc Aubert a écopé de six condamnations entre 2013 et 2019, dont cinq pour diffamation. Cette fois, il est relaxé. Il était poursuivi après avoir écrit à tort qu’un nourrisson était mort étouffé, alors que le décès était dû à une méningite, une erreur de nature à causer du tort à la nourrice qui le gardait.
Entre 2020 et 2024, la Ville et la Métropole de Montpellier ont acheté pour 913 832 € d’espaces publicitaires ou de publireportages à 7 Officiel – La Gazette Économique de l’Hérault, qui édite le Métropolitain (et 0 € au Poing : faites un don).
Contactés, le Métropolitain et Jean-Marc Aubert n’ont pas répondu.
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