« S’attaquer à eux, c’est s’attaquer à nous » : les étudiants montpelliérains dans la rue contre les frais d’inscription différenciés
Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées ce mardi 15 septembre devant la préfecture de l’Hérault, à l’appel des principaux syndicats étudiants, pour dénoncer la fin annoncée des APL pour une partie des étudiants, la hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers et un rapport du Sénat qui propose de multiplier par cinq les droits d’inscription de tout le monde
Ils sont un peu plus d’une centaine, ce mardi 15 septembre, devant la préfecture de l’Hérault, à l’appel des principaux syndicats étudiants. Le rassemblement s’inscrit dans une journée nationale de mobilisation de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’intersyndicale qui l’a lancée estime qu’il manque au bas mot huit milliards d’euros à l’enseignement supérieur et autant à la recherche publique.
Toujours plus de précarité étudiante
Premier motif de colère, les aides au logement. Sarah, militante au Syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM), rappelle que le gouvernement dispose depuis cet été d’une revue de dépenses de l’Inspection générale des finances et de l’Igas (inspection générale des affaires sociales), qu’il avait lui-même commandée, proposant d’intégrer les revenus des parents dans le calcul des APL. Les organisations étudiantes en tirent un ordre de grandeur : 200 000 étudiants perdraient toute allocation, 150 000 autres la verraient diminuer. « Ça fait déjà des années que nous sommes dans une situation de précarité », souligne la militante.
La mesure n’est à ce stade ni votée ni annoncée. Le Premier ministre l’a démentie le 20 août : selon Sébastien Lecornu, la suppression des APL étudiantes ne fait pas partie des pistes retenues, le budget 2027 étant encore en préparation. Une coupe, en revanche, s’applique déjà : depuis le 1er juillet, les étudiants extra-communautaires non boursiers n’ont plus droit aux aides au logement, soit une centaine de milliers de personnes.
La précarité, le SCUM dit la mesurer chaque semaine à ses distributions alimentaires. « Les files d’attente sont interminables, et l’an dernier, on a distribué 15 000 colis alimentaires », poursuit un autre militant du SCUM, qui cite les enquêtes des associations étudiantes selon lesquelles un étudiant sur deux saute des repas.
“Une loi de préférence nationale”
Deuxième front, les frais d’inscription des étudiants étrangers. Le principe de droits différenciés existe depuis 2019, hérité du plan « Bienvenue en France », mais les universités en exonéraient massivement leurs étudiants : 90 % des 111 500 étudiants concernés l’ont été totalement ou partiellement en 2024-2025. C’est cette soupape que le gouvernement a fermée. Un décret du 19 mai 2026 plafonne les exonérations à 30 % des étudiants étrangers pour 2026-2027, 25 % l’année suivante, puis 20 %. Reste la facture : 2 895 euros l’année de licence et 3 941 euros celle de master, contre 178 et 254 euros pour les autres.
Les syndicats avaient déjà manifesté devant la préfecture le 30 avril contre le projet de décret. Ils chiffrent aujourd’hui à 7 000 le nombre d’étudiants étrangers concernés sur Montpellier, 2 000 à l’université Paul-Valéry et 5 000 à l’Université de Montpellier.
« On a reçu beaucoup d’étudiants étrangers dans nos permanences qui vont devoir abandonner leurs études en France car c’est trop cher », rapporte Sarah. Victor, militant au Poing Levé, place le curseur ailleurs : « Ce décret, qui prévoit l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, est digne du programme de l’extrême droite. C’est une mesure de préférence nationale, raciste et impérialiste. Ce sont des étudiants étrangers qui se sont fait voler leur avenir dans leur pays à cause des politiques coloniales et impérialistes de la France qu’on vient aujourd’hui attaquer encore une fois. Il faut se mobiliser contre cette mesure au nom de la lutte contre l’extrême droite. »
Au Réseau Université Sans Frontières, la rentrée se joue sur deux tableaux. « Depuis la rentrée, on reçoit des centaines d’étudiants, pour deux problèmes principaux : le logement et les frais d’inscription différenciés », explique Jay, militante du réseau. Le Poing racontait début septembre la colère montante autour du Crous de Boutonnet, où le RUSF et la Fédération syndicale étudiante alertaient sur des étudiants menacés de dormir dehors, après quatre hausses de loyers en trois ans dans les résidences universitaires et une pénurie de logements étudiants.
Jay détaille les revendications : « Jusqu’à présent, l’université Paul-Valéry pouvait décider d’exonérer des étudiants de leurs frais d’inscription, nous demandons l’exonération de tous les étudiants, et à ce qu’une carte étudiante donne accès d’office à un titre de séjour pour les étudiants étrangers. »
Et les frais d’inscriptions à l’université pourraient bientôt augmenter pour tout le monde. Publié le 9 septembre, un rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence universitaire, porté par la sénatrice LR Laurence Garnier, propose de porter les droits d’inscription à 900 euros en licence et 1 300 euros en master, et de mettre fin au droit d’accès automatique à l’université pour tous les bacheliers. Le président communiste de la commission, Pierre Ouzoulias, et les élus de gauche n’ont pas approuvé le texte. De quoi consolider, sur le parvis de la préfecture, le mot d’ordre de la journée. « Les étudiants étrangers sont nos camarades, s’attaquer à eux c’est aussi s’attaquer à nous. »
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