24 octobre à Montpellier : violenté et arrêté par une milice fasciste, il est condamné par la justice
Interpellé lors de la manifestation interdite du 24 octobre par des hommes portant un brassard blanc, membres d’un groupe d’« entraide » présenté comme protégeant les commerces, I. a été remis à la police puis jugé ce lundi en comparution immédiate. Il écope de six mois de prison avec sursis. Ses interpellateurs, qu’il accuse par la voix de son avocat de l’avoir roué de coups, n’ont pas été inquiétés à ce stade. À la fin de la manifestation, l’un des administrateurs de la boucle Telegram « Entraide citoyenne Montpellier », créée par l’influenceur AlphaRise, saluait dans deux messages vocaux une « bonne coopération et coordination avec la police »
Ce lundi 26 octobre, au tribunal d’instance de Montpellier, I., une vingtaine d’années, sans casier judiciaire, comparaît pour violence sans incapacité sur un fonctionnaire de police nationale, le visage dissimulé, lors de la manifestation du 24 octobre. Les faits se déroulent rue de la Loge, où des manifestants jettent des cailloux.
Le juge résume les circonstances de l’interpellation : le prévenu « aurait été interpellé par une des milices constituée pour protéger les commerces, puis récupéré par la police ». La précision ne suscite pas davantage de questions à l’audience.
Le prévenu explique être venu « en soutien aux revendications lycéennes et pour protester contre le manque de moyens dans les services publics ». Interrogé sur ses lunettes de protection, il répond qu’elles servaient à se protéger « du gaz et des projectiles ». « Au début de la manifestation j’avais le visage découvert. J’ai été pris d’un mouvement de panique, il y avait du gaz, des gens en sang, un caillou est arrivé vers moi, je l’ai relancé en étant sûr qu’il n’avait touché personne. Je regrette amèrement et je présente mes excuses. »
« Vous avez le droit de manifester, non ? »
Le procureur l’interroge : « Qu’est-ce qui est interdit dans la manifestation ? Vous avez le droit de manifester, non ? » La manifestation du 24 octobre avait pourtant été interdite par la préfecture.
Le policier visé réclame 1 500 euros de dommages et intérêts. Le parquet, estimant que « les faits sont reconnus après le visionnage des vidéos », requiert douze mois de prison dont six ferme, aménagés sous bracelet électronique, ainsi qu’une interdiction de manifester dans l’Hérault pendant dix-huit mois.
La défense dénonce « une justice à deux vitesses »
Pour l’avocate d’I., « un kit pour se protéger semble nécessaire » pour manifester. Elle décrit un client pris « entre un cordon de CSR et des militants qu’on a assimilés à l’extrême droite », inséré et en emploi. Surtout, elle revient sur l’interpellation, survenue en bas de la rue de la Loge : « Des gens qui arboraient un brassard blanc autour du bras se sont jetés sur lui et l’ont ramené vers la police. Il a été roué de coups par ces gens, cela n’a pas donné lieu à leur interpellation. » Et de conclure à « une justice à deux vitesses ».
Ces groupes, organisés via la boucle Telegram « Entraide citoyenne Montpellier » lancée par l’influenceur fitness montpelliérain AlphaRise, ont fait l’objet de plusieurs articles du Poing, qui documentent leurs liens avec l’extrême droite. À la fin de la manifestation, l’un des administrateurs de la boucle Telegram montpelliérainesaluait dans deux messages vocaux que nous avons pu consulter une « bonne coopération et coordination avec la police ». Le parquet a ouvert une enquête sur des violences survenues entre groupes ce samedi 24 octobre.
Le tribunal condamne finalement I. à six mois de prison avec sursis.
Un caddie lancé sur les CRS
Dans la même audience, R., 19 ans, casier vierge, comparaît pour dissimulation du visage lors de la manifestation du 24 octobre et pour violence sans incapacité sur un fonctionnaire de police.
« Les faits sont simples, résume le juge, vous avez confectionné une sorte de char avec un caddie et vous foncez avec sur les CRS. » R. reconnaît avoir projeté le caddie. « J’ai de nombreux amis qui souffrent du prix de la vie, ma mère se plaint souvent du prix de l’essence. Quelqu’un dans le groupe a donné l’idée de charger, j’ai suivi. »
Le procureur voit dans le numéro d’avocat inscrit sur son bras et le masque confectionné avec un t-shirt la preuve que « c’est bien organisé et préparé ». « Pas de blessés, mais un CRS a été percuté », ajoute-t-il, avant de requérir de la prison ferme aménagée et deux ans d’interdiction de manifester dans l’Hérault.
« Quand j’entends les réquisitions, je suis choqué », réagit l’avocat de R., qui souligne que son client « a tout assumé dès le début » et évoque « l’inconscience de la jeunesse ». Il conteste qu’un CRS ait été percuté : « Sur les images, on ne les voit pas se faire percuter et on n’a aucun témoignage. » Il plaide un sursis simple et des travaux d’intérêt général, « notamment dans des commissariats, pour qu’il se rende compte de la réalité du terrain des forces de l’ordre », et demande la non-inscription de la condamnation au casier. Le procureur s’y oppose.
R. est finalement condamné à 140 heures de travaux d’intérêt général et à un an d’interdiction de manifester à Montpellier.
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