Social
Reportage 27 décembre 2020

Loi sécurité globale : ces gilets jaunes qui refusent la trêve de Noël à Montpellier et Béziers

Les gilets jaunes biterrois, comme ceux de Montpellier, refusent toute trêve autour des fêtes et ont manifesté ce samedi 26 décembre. DR

Deux manifestations ont eu lieu ce samedi 26 décembre à Montpellier et Béziers. Des actions symboliques visant à afficher une présence contre la loi sécurité globale, alors que le gros du mouvement reprendra dans l’Hérault à la mi-janvier.

C’est une cinquantaine de manifestants qui se sont retrouvés dans la capitale de l’Hérault ce samedi 26 décembre en fin de matinée. Pour une prise de parole devant les grilles de la préfecture.

L’occasion pour eux de réaffirmer leur opposition à la loi de sécurité globale, sans que les fêtes de fin d’année constituent une raison suffisante pour stopper les manifs.

Drones, caméras-piétons visionnées en direct, fin des réductions de peines pour les détenus condamnés pour violences sur policiers, port d’armes hors-service élargi aux lieux recevant du public pour les policiers, pouvoirs accrus des polices municipales et des sécurités privées… : la loi “ sécurité globale “ est loin de se limiter à son ancien article 24 restreignant la diffusion de l’image des policiers, dont la réécriture annoncée n’apporte aucune garantie. D’autant que sous la pression des syndicats policiers, l’Intérieur réaffirme sa défense, remaquillée dans la loi “confortant les principes républicains”, anciennement loi sur le séparatisme. Laquelle prévoit de son côté un renforcement du contrôle de l’Etat sur la vie associative, et toute une série de mesures liberticides particulièrement tournées contre la communauté musulmane.

“Ce gouvernement ne fait pas de trêve, nous non plus”, synthétise Sabine, oratrice des gilets jaunes du rond-point de Près d’Arènes, à l’initiative du rassemblement montpelliérain. 

“Mais où sont-ils donc passés ?”, continue-t-elle. “Où étaient les syndicats quand nous étions plus de 7000 dans les rues de Montpellier le 28 novembre ? Dans ce département, il est regrettable de ne pas avoir vu les dirigeants être un peu au niveau.” La gilet jaune sait de quoi elle parle : elle-même syndiquée chez Force Ouvrière, elle fait partie de cette base syndicale qui oeuvre, à la hauteur de ses moyens, à secouer les apathies bureaucratiques des grands appareils.

Avant de rappeler les enjeux, concrets, si lourdement sociaux et politiques, des nouveaux gonflements “sécuritaires” que représentent la loi sécurité globale, la loi “confortant les principes républicains” (sic), les décrets étendant les possibilités de fichage…   

“Le fichage généralisé concerne aussi et surtout ceux qui se battent pour nos conquis sociaux. Regardons nos luttes locales, à deux pas de chez nous ! AED, travailleurs du social et du médico-social, salariés d’Enedis en lutte contre le projet Hercule de privatisation partielle d’EDF : tous ces gens sont et seront encore plus suspectés, fichés, y compris pour leur appartenance syndicale ! Il n’y a pas de conquêtes sociales sans libertés pour les gagner !”

Le sentiment est là que le gouvernement se prépare à réprimer par la force, la violence et l’arbitraire la population en colère. “Parce qu’il sait que nous serons trop nombreux dans la rue.”, prophétise Sabine au micro. A chaque semaine une preuve supplémentaire de ces assertions, la dernière en date étant l’appel à candidature lancé le 17 décembre par le gouvernement pour l’acquisition de 80 nouveaux blindés de maintien de l’ordre pour la gendarmerie. Depuis près de trois ans, une accélération et une multiplication de situations de crises variées ont nécessité le recours accru aux VBRG, outre-mer mais également, pour la première fois depuis des décennies, sur le territoire métropolitain. […] Ces engagements aujourd’hui réguliers ont mis en évidence l’urgence de procéder au remplacement du parc blindé de la gendarmerie, âgé de plus de 45 ans”, souligne à ce propos le député LREM Xavier Batut

En découle que l’argument, classique chez une certaine gauche assise sur son confort et ses certitudes réconfortantes et aveuglantes, et selon lequel les nouveaux arsenaux sécuritaires mis en place seraient dangereux dans les mains d’un candidat d’extrême-droite sont balayés d’un revers de la main : “Penser que Macron n’utilisera pas cet arsenal contre son peuple, c’est dangereux ! On y est déjà, les gilets jaunes on connus une répression sanglante, la prison pour certains !”

Mêmes préoccupations un peu plus tard dans la journée, quand le cortège biterrois, fort d’une centaine de personnes, s’élance depuis la sous-préfecture.

Jean-Marie s’y fait optimiste : “On est pas des masses aujourd’hui, mais c’est pas l’essentiel, c’est normal en période de fêtes. Puis sur notre ville c’est une des premières mobilisation depuis des mois uniquement appellée par les gilets jaunes. Sur Narbonne, où le mouvement des gilets jaunes avait été laminé par la répression autour de l’affaire de l’incendie du péage de Narbonne-Sud, ça reprend du poil de la bête, les gens reviennent en manif petit à petit ! On verra ce que donne le mois de janvier, avec tous ces appels à la reprise la lutte contre les lois liberticides. Nous, on en sera en tout cas, quoi qu’il arrive !”

Le collectif Stop Loi Sécurité Globale Montpellier, cartel de plus de 60 associations et organisations, a en effet appelé à une nouvelle manifestation de grande ampleur le 16 janvier à Montpellier.

Et une assemblée générale fédérée autour d’individus ne se reconnaissant pas dans le formalisme des transactions inter-organisations, et accueillant tout un chacun sans aucune distinction, se rassemblera le dimanche 3 janvier à 14h au Bat du Peuple, 1 rue de la Substantion, à Montpellier toujours.


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Troisième réveillon de Noel en gilet jaune sur le rond-point du Près d’Arènes à Montpellier