Montpellier : à la fac de science, une assemblée contre le partenariat avec Total et la différenciation des droits pour les étudiant-es étrangers-ères
Julien Servent
Publié le 28 septembre 2026 à 16:22
Quelques dizaines de personnes participaient ce lundi 28 septembre à une assemblée sur le campus Triolet. Objectif : se mobiliser contre le partenariat passé entre l’université de Montpellier et Total, et dénoncer la suppression des APL et la hausse des frais d’inscription pour certain-es étudiant-es étranger-ères.
Iels étaient quelques dizaines à se retrouver sur les pelouses du campus Triolet, ce lundi 28 septembre entre midi et deux. Le comité de mobilisation de l’université de Montpellier appelait étudiant-es, personnels et doctorant-es à une assemblée générale.
Le rejet d’un partenariat de l’UM avec TotalEnergies
Le 11 juin, l’Université de Montpellier officialisait une convention pédagogique avec TotalEnergies pour son Master Mention Énergie. Syndicats et élu-es dénoncent un accord éthiquement problématique, contre lequel le comité de mobilisation de l’UM entend bien mobiliser. Alors que le vote en conseil de faculté s’est conclu à égalité, avant que le président de séance use de sa voix prépondérante pour faire passer le texte. Le groupe pétrogazier interviendra notamment dans les enseignements via le dispositif « TotalEnergies Professeurs Associés »
« Total a été condamné pour pratiques commerciales trompeuses sur la transition énergétique. […] Dans la convention passée avec l’UM on retrouve mot pour mot les expressions pour lesquelles l’entreprise a été condamnée », est intervenu un participant à l’assemblée. « La fac de science de Montpellier est réputée pour ses cours d’écologie, c’est dommage d’avoir ce partenariat avec une entreprise qui cherche à continuer à extraire du pétrole. Et c’est la porte ouverte a d’autres privatisations. »
Les historien-nes des sciences ont documenté que TotalEnergies avait connaissance de l’impact climatique de ses activités dès les années 1970, tout en finançant la diffusion du doute scientifique.
Dans un communiqué publié le 10 juin, le syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM) évoquait une plainte déposée contre TotalEnergies pour des faits présumés de « complicité de crimes de guerre », « complicité de torture », « complicité de disparitions forcées » en lien avec des violences contre des civils dans des zones d’opération du groupe au Mozambique. La procédure est en cours, aucune condamnation n’a été prononcée sur ces chefs.
L’assemblée générale a ensuite discuté de différents moyens de sensibiliser les étudiant-es du campus à ce sujet.
Contacté par Le Poing juste après la signature de l’accord, le président de l’université Philippe Augé mettait en avant la nécessité d’insérer les étudiant-es dans le monde professionnel, y compris dans le secteur privé. Le doyen de la fac de sciences Jean-Michel Marin assurait lui que Total ne définirait pas les contenus des formations proposées.
Hausse des frais d’inscriptions
Autre sujet de colère pour les participant-es à l’assemblée du jour : la fin des APL pour les étudiant-es étrangers-ères hors Union Européenne, appliquée depuis le 1er juillet, et la hausse des frais d’inscription des étudiant-es étrangers-ères.
« Plus de 100 étudiant-es ne peuvent pas s’inscrire à la faculté des sciences car ils ne peuvent pas payer les frais d’inscription différenciés », a avancé un participant à l’AG.
Le principe de droits différenciés existe depuis 2019, hérité du plan « Bienvenue en France », mais les universités en exonéraient massivement leurs étudiants : 90 % des 111 500 étudiants concernés l’ont été totalement ou partiellement en 2024-2025. C’est cette soupape que le gouvernement a fermée. Un décret du 19 mai 2026 plafonne les exonérations à partir de l’année universitaire 2026-2027. Selon les syndicats, 2 000 personnes seraient concernées à l’université Paul-Valéry, et 5 000 au total à l’Université de Montpellier.
Prélude à une hausse des frais d’inscriptions pour toutes et tous ? Le 9 septembre, un rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence universitaire proposait de porter les droits d’inscription à 900 euros en licence et 1 300 euros en master, et de mettre fin au droit d’accès automatique à l’université pour tous les bacheliers.
« À l’UM les dossiers d’exonération de frais d’inscriptions pour les étrangers-ères peuvent être déposés jusqu’au 16 octobre », a rappelé un étudiant mobilisé. « N’hésitez pas à prévenir si vous en connaissez » Les étudiant-es comptent aussi se mobiliser la semaine prochaine pour faire pression sur une commission d’exonération qui devrait se tenir à Paul Valéry. Et le 10 octobre, de 16h à 23h, le Réseau Université Sans Frontières (RUSF) organise un concert de soutien aux étudiant-es étrangers-ères à la Tendresse, 80 impasse Flouch, à prix libre, pour financer la solidarité.
Les APL, bientôt un souvenir ?
Par ailleurs, une revue de dépenses de l’Inspection générale des finances et de l’Igas (inspection générale des affaires sociales), commandée par le gouvernement, propose d’intégrer les revenus des parents d’étudiant-es dans le calcul des APL. Les organisations étudiantes en tirent un ordre de grandeur : 200 000 étudiants perdraient toute allocation, 150 000 autres la verraient diminuer. La mesure n’est à ce stade ni votée ni annoncée, mais inquiète tout de même.
Déjà depuis le 1er juillet 2026, les étudiant-es extra-communautaires non boursiers-ères n’ont plus droit aux aides au logement, soit une centaine de milliers de personnes.
Une mobilisation sur ces mêmes sujets est aussi en cours à la fac de lettres Paul Valéry. Plus d’une centaine de personnes participaient le 15 septembre à une mobilisation sur le sujet devant la préfecture de l’Hérault.
Autre front étudiant : ces dernières semaines, la contestation monte autour du CROUS de Boutonnet, entre hausse des loyers et pénurie de logements.
Les comités de mobilisation et assemblées devraient se poursuivre sur la fac de science, avec des informations disponibles sur le compte Instagram « UM en lutte ».
Des ponts vers d’autres mobilisations
Les étudiant-es de la ville participeront à la mobilisation intersyndicale du 29 septembre, avec un départ de Paul Valéry à 13h30 pour rejoindre la manifestation à 14h à Albert 1er.
Des liens avec d’autres mobilisations ont aussi été évoqués. Avec un rappel du week-end contre les Centre de Rétention Administrative (CRA) organisé les 3 et 4 octobre sur Montpellier, avec une manif le dimanche à 14h sur la Comédie. Ou encore de la mobilisation pour le climat, dont le premier acte s’est déroulé le 26 septembre, et qui organise une nouvelle assemblée générale le 13 octobre à 19h à La Carmagnole.
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