Depuis la fin du mois de septembre, la jeunesse scolarisée, et en premier lieu les lycéen-nes, mènent un mouvement social particulièrement marquant. Plus qu’une protestation traditionnelle, ce mouvement, parfois rejoint sur les blocus par d’autres jeunes non-scolarisé-es, ressemble à un soulèvement de la Gen Z. Quoi d’étonnant alors dans le fait qu’il ait convergé avec le mouvement du 17 octobre contre la vie chère, devenu viral sur les réseaux début septembre, lui aussi lancé par des jeunes tout juste entré-es dans la vie active ? “C’est notre tour de faire les gilets jaunes”, pouvait-on alors entendre sur TikTok. Annonce suivie d’effets pour le moins spectaculaires, alors que toutes les générations s’y sont mises. Retour sur la couverture que Le Poing vous a proposée de ce mois bouillant.
Lundi 28 septembre, quelques dizaines de personnes participaient à une assemblée sur le campus Triolet de la fac de science. Objectif : se mobiliser contre le partenariat passé entre l’université de Montpellier et Total, et dénoncer la suppression des APL et la hausse des frais d’inscription pour certain-es étudiant-es étranger-ères. Déjà
le 15 septembre, une centaine d’étudiant-es se mobilisaient sur les même thèmes au centre de Montpellier. Comme le
1er et le
12 mai 2026. Autre signe annonciateur de l’explosion sociale en cours :
début septembre, la Fédération Syndicale Étudiante (FSE) organisait conférence de presse et rassemblement devant le CROUS de Boutonnet, déclarant accompagner une dizaine d’étudiant-es sans logement à quelques jours de la rentrée.
Le lendemain, mardi 29 septembre, Le Poing vous parlait des élèves des lycées Joffre, Jean-Monnet et Jules-Guesde bloquant leurs lycées. Les revendications sur les manques de moyen dans les établissements et la solidarité avec les lycées de la banlieue parisienne qui ont ouvert la danse n’auront pas empêchée la police d’intervenir sur les blocus à grand coup de gazeuses à main.
Le 1er octobre, on écrivait sur les blocages dans de nombreux lycées montpelliérains. On évoquait les revendications des jeunes, mais aussi la réaction de la direction de Clémenceau au début du mouvement, des incendies à Jules Guesde, Mermoz ou Mendès-France, et une première journée de blocage à l’université Paul Valéry.
Le lendemain, le 2 octobre, suite à la décision de la préfète de l’Hérault de fermer de nombreux lycées à Montpellier, les lycéen·nes se retrouvaient devant Clémenceau, accompagné-es de nombreux-euses soutiens et d’étudiant-es. Après quelques jets de projectiles, la police usait de gaz lacrymogène, et un journaliste était percuté par la moto d’un policier alors qu’il filmait le mouvement. Avec une dizaine d’interpellations au bilan.
Dans la nuit du 3 au 4 octobre, on vous parlait d’un premier appel intersyndical à la grève en soutien aux lycéen-nes, pour le 6 octobre. Mais aussi de la diversité des modes d’action des jeunes, à travers différents témoignages. On évoquait aussi certain-es jeunes portant une critique du système scolaire.
Le 4 octobre, Le Poing écrivait sur neuf jeunes déféré-es devant la justice le 3 octobre, pour des accusations liées à la journée de mobilisation du 2. La mère de l’un d’eux, âgé de 15 ans, décrivait une interpellation violente, tout en s’inquiétant d’un contrôle judiciaire qui pourrait tenir son fils éloigné de son lycée.
Le 5, on s’intéressait au bilan de l’Observatoire des Libertés de Montpellier sur les pratiques policières pour les 1er et 2 octobre. Gaz lacrymogène, charges sans sommation, agent-es sans matricule visible, lycéenne de 17 ans victime d’une double fracture au visage après un coup de matraque juste sous l’œil : le constat était à la répression tout azimut.
Le soir du même 5 octobre, on faisait le bilan de cette nouvelle journée de lutte. De nombreux établissements bloqués dans l’Hérault, parfois des affrontements avec la police, une troisième journée de blocage à Paul Valéry, et plusieurs centaines de personnes en AG en fac de sciences votant le blocage pour toute la semaine. Le soir se tenait devant la préfecture un rassemblement demandant l’arrêt de la répression et des poursuites judiciaires sur les jeunes mobilisé-es.
Le 6 octobre, jour de grande manifestation et de grève intersyndicale en soutien aux lycéen-nes, Le Poing vous proposait un fil d’info en direct sur les blocus de la matinée. Parmi les établissements visités : Clémenceau, Joffre, Jules Ferry, Frédéric Bazille. On y récoltait des témoignages de lycéen-nes. Mais aussi de syndicalistes ou d’étudiant-es venu-es en soutien devant les établissements, alors que les blocages étudiants s’étendaient à 5 campus (Saint-Charles, Paul Valéry, la fac de sciences, la fac de droit et la fac d’éducation).
Le même jour, la juge des référés du tribunal administratif de Montpellier rejettait la requête de la LDH et du Syndicat des avocats de France contre l’arrêté de la préfète de l’Hérault interdisant le port d’équipements de protection aux abords des lycées de cinq communes.
L’après-midi du 6 octobre, près de 12 000 lycéen-nes, enseignant-es, syndicalistes ou parent-es d’élèves défilaient à Montpellier, entre soutien aux revendications des jeunes et dénonciation de la répression. Après la manifestation déclarée, quelques milliers de jeunes faisaient face à la police sur la Comédie, donnant lieu à une heure d’affrontements. Drone, lacrymos sans sommation et grenade de désencerclement : le dispositif policier ne lésine pas sur les moyens, et laissera derrière lui une dizaine de blessé-es par des coups de matraques, parfois à la tête.
Le 7 octobre, quelques dizaines de personnes se réunissaient aux alentours devant le commissariat central de Montpellier, en soutien à deux personnes interpellées le matin sur le blocus du lycée Clémenceau.
Le 8 octobre, nouveau temps fort de la mobilisation lycéenne, et nouvelle grève de soutien. Le Poing proposait dans la matinée un fil d’info en direct, en passant devant les lycées Joffre, Mermoz, Jules Guesde, Clémenceau. Nous rendions aussi visite aux étudiant-es de l’Institut Régional du Travail Social (IRTS), tout juste rentré-es dans la danse, comme les facs de pharmacie et d’économie.
L’après-midi du 8, nouvelle manifestation d’ampleur avec entre 4 et 8000 personnes. On y croisait des grévistes de l’hôpital venu-es avec du matériel de soin et prêt-es à soigner les jeunes, des profs en soutien malgré des taux de grève plutôt bas dans le secondaire, et évidemment des lycéen-nes, entre fatigue des blocus et insatisfaction face aux réponses du gouvernement.
Dans la foulée une manifestation improvisée réunissait des centaines de jeunes. Après qu’iels aient mis la pression à une police face à laquelle la colère peine à ne pas s’exprimer, la dispersion par des gaz lacrymogène provoquait un jeu du chat et de la souris dans l’Écusson. De nombreux-euses jeunes semblaient attendre le 17 octobre avec impatience. La journée se finissait par une battle d’aura devant le commissariat central, en soutien aux interpellé-es.
Le 9 octobre, l’école nationale supérieure d’architecture de Montpellier et l’institut agro rejoignaient le mouvement, avec une première journée de blocage en soutien au mouvement lycéen et pour plus de moyens dans l’enseignement supérieur.
Le 9 octobre toujours, Le Poing publiait une enquête sur les violences policières visant des journalistes en train de couvrir le mouvement lycéen. Avec un journaliste percuté par une moto de police le 2 octobre, et trois autres frappés ou bousculés le 6 octobre.
Le 12 octobre, nous sortions une nouvelle enquête. Cette fois-ci, nous nous intéressions à l’utilisation de la police municipale pour du maintien de l’ordre, malgré des textes légaux ne le permettant pas, dans le cadre du mouvement lycéen mais aussi de mouvements sociaux antérieurs.
L’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM), présent sur les blocages des lycées Monnet et Mermoz le lundi 12 octobre, signalait le port par les forces de l’ordre de fusils d’assaut et dénonçait “L’absence de port systématique de RIO”. Ces armes de type HK G36, arrivées dans plusieurs unités de police et de gendarmerie, notamment les BAC et les CRS, après les attentats de 2015, doivent officiellement servir à riposter à une éventuelle attaque terroriste, dans le cadre du plan Vigipirate.
Le 13 octobre, environ 7000 étudiant-es, lycéen-nes, travailleurs-euses et soutiens manifestaient à Montpellier ce mardi 13 octobre à l’occasion d’une nouvelle journée de grève intersyndicale en appui aux blocus de la jeunesse.
Le matin du 13 octobre, nous étions devant certains lycées pros ou polyvalents, fers de lance de la lutte lycéenne, mobilisés ce jour précis ou non. Les jeunes nous parlaient d’un soutien très large au mouvement, malgré des divergences sur les manières de lutter. On y parlait aussi revendications, stratégie, place des dégradations et affrontements dans le mouvement, soutien des personnels et profs et espoirs de changements globaux. Avec là encore une place particulière faite à la journée du 17 octobre. Un jeune du lycée hôtelier Georges Frêche témoignait aussi d’interpellations et de violences policières à caractère racistes visant tout un groupe de potes.
Nous revenions ensuite sur la manifestation improvisée qui a succédé au défilé sur le parcours déclaré du 13 octobre. Commencée dans une ambiance relativement bon enfant, celle-ci à viré en affrontements jusqu’à la tombée de la nuit, après une violente tentative de dispersion par les CRS.
Le 14 octobre, le tribunal administratif de Montpellier rejetait un référé-liberté contre un nouvel arrêté autorisant la police à surveiller par drones les abords de sept lycées.
Le 15 octobre au matin, des CRS étaient postés devant plusieurs lycées montpelliérains, notamment Clemenceau et Jules-Guesde, pour empêcher les blocages et faire rentrer les élèves en cours. À Jules-Guesde, un message du proviseur aux parents faisait réagir, en annonçant des absences justifiées sauf pour les bloqueurs-euses identifié-es. Le syndicat FO des lycées et collèges saisissait la rectrice
Un peu plus tard dans la journée avait lieu une nouvelle manifestation lycéenne dans le centre de Montpellier, rassemblant entre 1000 et 1500 élèves et soutiens. Le Poing sortait un reportage à partir d’entretiens menés dans cette manif et dans celle du 13. On y parlait du risque d’essoufflement du mouvement, des annonces faites par le gouvernement et des perspectives autour de la date du 17 octobre.
Le 17 octobre, Montpellier connaissait une mobilisation que beaucoup comparaient au CPE de 2006, avec au moins 40 000 personnes dans les rues. Mené-es par des lycéen-nes en lutte depuis trois semaines et rejoints par des gilets jaunes « historiques », des syndicalistes et des paysan-nes, les manifestant-es défilaient jusqu’à près de minuit, sur fond d’affrontements, de magasins pillés et d’un sentiment partagé : celui d’écrire une page d’histoire.
Le lendemain, dimanche 18, alors que la préfecture annonçait 63 arrestations, plusieurs dizaines de jeunes se relayaient en permanence devant le commissariat central de Montpellier en soutien aux interpellé-es.
Le lundi 19 octobre, quatre jeunes majeurs interpellés lors de la manifestation du 17 octobre comparaissaient devant le tribunal de Montpellier. Dans les quatre dossiers, le parquet requérait de la détention provisoire, conformément aux consignes de fermeté adressées par le garde des Sceaux à tous-tes les procureur-es de France.
Trois jours plus tard, nous revenions sur le bilan partiel et provisoire dressé par 11 équipes de Street Medics, actives de 14h à minuit sur la manifestation du 17 octobre. Une soixantaine de blessé-es, des médics de rue visé-es par des tirs tendus de grenade et de LBD, plusieurs blessures graves sur de jeunes mineur-es ou tout juste majeur-es : l’état des lieux faisait froid dans le dos.
Nous revenions aussi plus en détail sur le cas du journaliste indépendant Ricardo Parreira, touché à la cuisse par un tir de LBD alors qu’il photographiait des affrontements devant le Polygone ce même 17 octobre. Casque marqué « PRESS » sur la tête, celui-ci affirmait avoir été visé délibérément par un policier de la Compagnie Départementale d’Intervention (CDI).
Le 22 octobre, nous écrivions sur Anton Goubier, étudiant anti-blocus montpelliérain et élu de l’UNI, syndicat de droite étudiante présentant même de fortes passerelles avec l’extrême-droite.
Anton, étudiant anti-blocus montpelliérain et élu UNI : la presse locale n’avait vu que le poète
Le même jour, la préfecture de l’Hérault annonçait avoir refusé la manifestation déclarée pour le 24 octobre, acte 2 du mouvement Gen Z x Gilets Jaunes. En prime : une interdiction de tous rassemblements dans un périmètre élargi autour de l’Écusson, de la gare Saint-Roch au Polygone en passant par la Comédie. Des tramways ne circulant pas de toute la journée. L’interdiction de tout matériel de protection. Et un couvre feu pour les mineur-es sans accompagnant-es majeur-es dans les centres-villes de Montpellier et de Béziers, les 23 et 24 au soir.
Jeudi 22 octobre au soir, les forces de l’ordre intervenaient pour déloger les étudiant-es qui occupaient un bâtiment de l’université Paul-Valéry. Des gaz lacrymogènes étaient tirés peu après, place Marc-Bloch.
Le 23 octobre, nous évoquions l’influenceur fitness et acteur porno Charlie D., alias Alpharise (« soulèvement alpha »), sorti de l’invisibilité en appelant, sur Instagram, à la création de « groupes d’entraide » chargés de défendre des commerces à Montpellier, mais aussi partout en France.
Juste avant la manifestation du 24 octobre, nous écrivions sur la nouvelle décision du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier. Soit celle de rejeter le recours contre l’interdiction de la manifestation déclarée par FO ESR pour cet acte 2.
Malgré toutes les mesures liberticides prises, plus de 6000 personnes prenaient la rue ce samedi 24 octobre. Différents cortèges, tous gazés par les forces de l’ordre, des heurts avec la police et les membres des milices censées protéger les commerçant-es : le Poing vous en faisait le récit dans un reportage.
Le lendemain, nous approfondissions dans une enquête la répression menée par cette milice, composée d’une vingtaine de jeunes hommes, d’ultras (supporters du MHSC, le club de foot de Montpellier), d’anciens policiers et gendarmes, de militants identitaires dont le porte parole du groupuscule Jeunes d’Oc, Anthony Lacoste, et de personnes ayant répondu à l’appel de l’influenceur Charlie D., alias « Alpha Rise », acteur porno et coach sportif souhaitant venir en « aide » aux commerçant-es.
Le 26 octobre, nous évoquions le cas d’un manifestant remis à la police par cette même milice, condamné à six mois de sursis pour un jet de caillou. Sans que le contexte de son interpellation ne semble poser problème à la justice. Son avocate dénonçait une justice à deux vitesses, pointant du doigt le fait que le tabassage en règle de son client par les membres de la milice en question sous les yeux de la police n’ait donné lieu à aucune interpellation.
Le 27 octobre, nouvelle enquête sur la milice en question dans les colonnes du Poing. On y identifiait quelques uns de ses membres, alors que le groupe avait pendant la manifestation frappé au sol des contestataires, aux côtés des forces de l’ordre, qui ont protégé les militants d’extrême-droite. Le Poing pointant aussi du doigt un ministre de l’Intérieur démentant tout lien entre la police et les milices actives dans de nombreuses villes le 24 octobre, et une préfète de l’Hérault jurant que toute la lumière sera faite sur les évènements, comme si une grande enquête était nécessaire.
Le 28 octobre, nous présentions, les conclusions de l’Observatoire des libertés publiques de Montpellier (OLM) et de la Ligue des droits de l’Homme sur la manifestation du 24 octobre. Lesquelles décrivaient comme nous, vidéo découpées image par image à l’appui, un groupe de type milice frappant des manifestant-es et circulant librement
24 octobre : un rapport de l’Observatoire des Libertés de Montpellier dénonce “un groupe type milice” aux côtés des CRS
Le 28 octobre, trois manifestants interpellés le 24 passaient en comparution immédiate à Montpellier. Le premier était un jeune homme frappé par des membres de la milice d’extrême droite devant l’office de tourisme. Il a porté plainte. Il restera pourtant en détention provisoire jusqu’au 2 décembre, en attendant une expertise psychiatrique. Les deux autres, accusés d’avoir jeté des pierres sur des voitures de police, ressortaient avec du sursis, après deux nuits passées à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone
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